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Alexandre Jollien, pensées pour accueiller la vie telle qu'elle se propose

 

 

J'ai entendu il y a quelques jours sur France-Inter, dans l'émission de François Busnel "Le grand entretien",  Alexandre Jollien, qui était présenté ainsi :

"Voici un philosophe de 36 ans, dont les livres sont de salutaires best-sellers, consacrés à la joie, parfois à l'éloge de la faiblesse et très souvent à la construction de soi ; des livres qui convoquent plutôt Spinoza et Sénèque, mais aussi, la pratique du zen ; son dernier ouvrage s'intitule Petit Traité de l'abandon ; c'est un exercice spirituel autant qu'un exercice de philosophie..."

J'ai eu la chance, pour ma part, de rencontrer Alexandre Jollien, il y a environ un an, au Centre Dürckheim à  Mirmande : une rencontre qui ne s'oublie pas. Alexandre Jollien a une présence physique étonnante ; son corps est parcouru de spasmes, son élocution n'est pas facile ; mais il est là, il est totalement présent dans ce qu'il fait, quand il prononce des paroles, il prononce des paroles, quand il rit, il rit... et sans doute est-ce cette force inouïe de la présence qui captive autant.

Avec beaucoup de sincérité, Alexandre Jollien se raconte dès la première page de son Petit Traité de l'abandon :

"Je suis né avec une infirmité motrice cérébrale. Je le dis tout de suite, afin d'évacuer cette question d'emblée et de passer à autre chose. Une des grandes blessures de ma vie, c'est d'être réduit, fixé à cette image qui me colle à la peau. Car, dès que l'on me voit, vient le mot 'handicapé' . Ce parcours, cette contingence, cette infirmité m'ont donc fait vivre dix-sept ans dans une institution pour personnes handicapées. Malgré la douleur abyssale d'être éloigné de mes parents, le constat et l'émerveillement me gagnaient : je voyais chez des êtres entièrement paralysés une joie pleine et entière. J'ai tout de suite désiré cette joie. C'était désormais le but de ma vie : conquérir la joie inconditionnelle. Une phrase de Spinoza illustre la quête de mon existence : 'Bien faire et se tenir en joie' [Spinoza, Éthique, livre IV, 50, scolie].

Le ton est donné. Un des chemins qu'explore Alexandre Jollien est précisément cette recherche de la joie qui, dit-il, "nous précède déjà" ; la joie n'est pas au bout du chemin, elle est le chemin. Il s'agit d'une quête, ou d'un exercice spirituel, qui relève de l'intériorité. Alors que le bonheur [un produit marketing : notre société nous enjoint d'être heureux] procède de la conquête, de l'idée de posséder, d'avoir - la joie, c'est dans l'être, c'est dans le dépouillement ; la joie, c'est s'ouvrir à ce qui est donné : Alexandre Jollien ne se demande plus : "Qu'est-ce qu'il me faut pour être heureux ?" mais : "Comment être dans la joie, ici et maintenant ?".

La joie malgré la souffrance, toujours présente. "Ce qui nous sauve, écrit Alexandre Jollien, c'est de savoir que l'on ne peut guérir de ses blessures mais que l'on peut vivre avec, que l'on peut cohabiter avec elles sans qu'il y ait nécessairement de l'amertume". C'est un exercice d'abandon, qui ne signifie pas résignation, mais non-fixation. Il s'agit de "laisser être".

Ce grand principe de non-fixation trouve sa source dans un livre attribué au Bouddha, intitulé Soûtra du Diamant. Alexandre Jollien revient souvent à une formule de ce texte qui énonce : "Le Bouddha n'est pas le Bouddha, c'est pourquoi je l'appelle le Bouddha". Comment comprendre cette phrase ? Alexandre Jollien dit en avoir perçu la radicalité en l'appliquant à ce qui lui est le plus cher dans sa vie : "Ma femme n'est pas ma femme, c'est pourquoi je l'appelle ma femme". Ma femme, commente-t-il, n'est effectivement pas ce que je crois qu'elle est ; si je dis : "Ma femme, c'est ça", je la fige, je l'enferme dans des étiquettes. "Ma femme n'est pas ma femme, c'est pourquoi je l'appelle ma femme" : c'est seulement à partir du moment où je sais que les étiquettes enferment les choses et les gens, que je peux en faire usage. Tout ce que l'on croit savoir sur la réalité, ce ne sont que des étiquettes qui la figent.

Le refrain du Soûtra du Diamant est pour Alexandre Jollien un outil privilégié qui l'aide à vivre et le sauve quotidiennement : "Le diamant tranche. Il vient couper, démolir toutes les représentations que je me fais du monde et de moi-même et dans lesquelles je m'enferme. Suivre le Soûtra du Diamant, c'est pratiquer la non-fixation. Pratiquer le Soûtra du Diamant, c'est oser la non-fixation dans la souffrance quand celle-ci me visite."

Les mots qui me viennent en écoutant Alexandre Jollien sont : humilité, simplicité, se dépouiller au jour le jour, être totalement soi pour laisser éclater cette joie qui est déjà présente en nous... Merci, Alexandre Jollien, pour cette impressionnante leçon de vie.



01/07/2013
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