1erBonhomme



1erBonhomme






Voici un des tout premiers dessins de ma petite-fille Adélie, 2 ans 3/4.


Classique bien sûr. On voit dessinés deux petits points: les yeux, le bout du nez, la bouche, le tout inscrit dans le contour d'une tête un peu échevelée. Deux jambes, deux bras.


Mais, au fait, où est la partie centrale du corps, le torse, le ventre ? Les bras, les jambes sont directement raccrochés à la tête. L'ensemble fait penser à un tétard, un tétard au demeurant qui a une bonne tête, sympathique.


D'où vient donc cette représentation, commune aux enfants de cet âge ?


Cela viendrait du fait que, ce qu'un tout petit voit d'un adulte en premier lieu, c'est son visage. Le reste somme toute s'y raccroche naturellement.  L'essentiel de la captation visuelle vient de la tête qu'on lui fait. C'est ce qu'il exprime dans son dessin.


Cela donne à penser.


L'enfant parait spontanément user du monde de façon englobante : il n'est pas dans la pensée simple, analytique, qui décompose en morceaux pour reconstruire le tout par additions - comme nous, nous le sommes, de par le système éducatif qui véhicule la tradition cartésienne de l'analyse par les parties.


L'enfant dans son approche spontanée ne simplifie pas mais condense : voilà ce que nous devrions nous efforcer de faire.


Nous efforcer : car cela ne nous est pas (plus) naturel. Et c'est pourtant tout l'enjeu du penser autrement. Le monde qui advient est complexe. C'est nous leurrer de croire que nous pourrions l'appréhender avec la pensée simple qui est celle issue de nos traditions.  A monde complexe, pensée complexe.


La pensée complexe est à l'opposé de la pensée simple. Elle n'est pas simplificatrice mais condensante : elle rend (plus) dense. Elle ne décortique pas par petits bouts mais rassemble, résume, en incluant les liens, les relations d'interdépendance : elle relie.


Tout cela qui est illustré dans ce dessin de 1erBonhomme.


Voilà. Merci petite Adélie, nous avons fait avec toi un joli petit bonhomme de chemin.




Ce billet est dédié au papa d'Adélie pour son anniversaire











Article ajouté le 2009-02-20 , consulté 176 fois

Commentaires


Edgar le 21/02/2009 à 11:46:57
J'essaie d'abord de tester l'accès au commentaire des billets d'humus, suite à un récent échec sur celui sur Kouchner.
J'en profite pour dire que j'apprécie le développement simple sur la pensée complexe, fort joliment illustré. Cela me rappelle un certain "Si vous ne devenez comme de petits enfants..."
Peut-être en effet que le cycle de la vie tourne en rond, et nous ramène à nos débuts innocents et lucides
Thierry site : indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/ | le 21/02/2009 à 09:25:47
Très joli, très touchant, très belle analyse, merci Gérard!

Oui, l'être humain est un être de relation avant toute chose. Le visage de la mère est ce qui vient se substituer à l'ambiance océanienne du sein maternel et, comme ses expressions sont changeantes, l'enfant le scrute comme nos ancêtres scrutaient le ciel pour sonder le destin. Dolto a vu des enfants mourir d'être privés de cette relation. Alors qu'on arrête de nous vendre la représentation d'un monde exclusivement "darwinien", où "seuls les paranoaïaques survivent", un monde qui - prophétie autoréalisatrice - nous amène à la "Dissociété" qu'analyse Jacques Généreux dans le livre du même titre. Et demandons-nous en passant à qui le crime profite! Pour qu'Adélie vive dans un monde un peu meilleur que l'arène stupide que nous en avons fait!

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