La surprise du prix Nobel de la Paix


Les commentaires sont allés bon train depuis l'annonce surprise de l'attribution du prix Nobel de la Paix à Barack Obama.

Beaucoup soulignent ce que cette attribution a de "prématuré" - "Il est trop tôt pour juger de son action" - voire de précipité : "Qui, Obama ? Si vite ? Trop vite" [Lech Walesa]. Les résultats ne sont pas encore là. Ce prix risque même d'être encombrant pour la poursuite de son mandat.

D'autres veulent y voir un "espoir", "un choix audacieux qui salue une promesse de changement" [Jacques Delors], un encouragement pour le président américain qui, précisément, dit accepter le prix dans cet esprit :  "Je sais qu'au cours de l'histoire le prix Nobel de la paix n'a pas seulement été utilisé pour honorer des succès spécifiques : il l'a aussi été comme moyen de donner de l'élan à un ensemble de causes. C'est pourquoi j'accepterai cette récompense comme un appel à l'action, un appel lancé à tous les pays pour qu'ils se dressent face aux défis communs du XXIème siècle".

Le prix, malgré tout, serait-il venu trop tôt ? Critiqué, le président du comité Nobel a déclaré : "Il [Obama] aurait pu l'avoir aussi trop tard". Et il a ajouté, sybillin, : "Nous attrapons l'air du temps, la nécessité de l'époque".

Au fond, c'est peut-être cela qui interroge. Jadis, la sagesse populaire disait qu'un arbre était jugé à ses fruits. Mais cela demande de la maturité, c'est du temps long. C'est du réel aussi. Les critères aujourd'hui seraient-ils de l'ordre de la virtualité ? On récompense non pas l'acte mais la capacité à passer à l'acte.

Ce qui nous rapprocherait de la pensée orientale : l'efficacité est attendue du potentiel de la situation. Ce ne serait pas un des moindres paradoxes de cette attribution surprise.


 




Article ajouté le 2009-10-11 , consulté 162 fois

Commentaires


edgar boutilié le 23/10/2009 à 18:40:58
J'aime, moi aussi, cet "éveilleur de potentiel" que peut constituer une reconnaissance anticipée : c'est un levier d'action bien trop peu utilisé. Le "wait and see" passe pour le parangon de la sagesse, alors qu'il n'est souvent que le masque hypocrite de la paresse et de la lâcheté.
"Tu es capable de le faire et je t'en remercie par avance", un levier fort pour aider les autres et soi-même à se bouger (se "motiver", se mettre en mouvement); une expression dynamique de la confiance dont nous avons tous besoin pour croire en nous-mêmes.
pierre gaudu site : pierre-gaudu.over-blog.com | le 14/10/2009 à 09:56:13
très éclairant cher Gérard, vraiment bien!
l'ordre de la virtualité...de quoi penser longuement :)
amitié
pierre

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