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California Go West


Comme le voyageur qui jadis se penchait à la fenêtre de son wagon pour embrasser une dernière fois du regard le paysage qui allait disparaître à ses yeux... je souhaite me pencher une dernière fois sur l'image que me laisse la Californie.

Je me suis demandé pourquoi la Californie avait été une terre de rêve, - et si elle pouvait encore l'être. J'ai écrit : "le rêve américain est terminé " - le rêve que représentait pour nous l'Amérique. Mais qu'en est-il du rêve des Américains ?

La Californie est la figure emblématique de ce rêve.

L'Est ne fait pas rêver. L'Est, c'est l'establishment. L'establishment c'est un carcan, ce sont les descendants des dissidents puritains débarqués d'Angleterre, pour qui l'aventure consistait à rebâtir dans un pays neuf ce qu'ils avaient connus, contraints, dans leur pays d'origine.  L'histoire laisse des traces. L'Est n'est pas le pays des aventuriers mais des gens établis. Les financiers ne sont pas installés sur la côte Ouest.

L'imaginaire des Américains s'est nourri d'une parole sans cesse racontée, ce qu'on appelle un mythe - le mythe du report de la Frontière toujours plus avant vers l'Ouest : le Far West. Le Far West désigne les territoires gagnés dans cette conquête par les pionniers. Mais on se tromperait bien en pensant que tous les Américains ont eu une âme de pionnier. Seuls quelques-uns l'ont été  - ceux qui ont fui l'establishment.

Le mythe est né de l'aventure du petit nombre, de ceux-là, aventuriers, conquérants, ambitieux... qui sont partis vers l'Ouest en prenant tous les risques. Le mythe a servi à tout le monde : le  rôle du mythe est en quelque sorte de se raconter des histoires. (Disons avec Barthes, ça fait plus sérieux : "Le mythe est une parole choisie par l'histoire".). En attendant, si tous se sont appropriés l'histoire, seuls quelques-uns l'ont faite. Et ont fait la Californie, qui est le bout de la course vers l'Ouest.

La Californie est une terre de pionniers. C'est inscrit dans son histoire et reste présent. La Silicon Valley est en Californie. Ne cherchez pas de Silicon Valley dans l'Est, vous n'en trouverez pas.

Des inventeurs, des créateurs, vous en rencontrerez bien sûr sur la côte Est. Mais vous n'y trouverez pas ce qui fait de la  Silicon Valley ce lieu emblématique où, dans des garages, sur un établi, à partir de quelques bricolages, ont démarré les belles aventures industrielles (souvent à deux) qui ont nom : Hewlett-Packard (Bill Hewlett et Dave Packard, à Palo-Alto, 1938), Apple (Steve Jobs et Steve Wozniak, à Los Altos, 1976), Google (Serger Brin et Larry Page, à Menlo Park, 1998) etc. - il faudrait encore citer Fairchild à Mountain View, Intel  à Santa Clara etc. etc. - toutes aventures qui sont à l'origine de l' invention des microprocesseurs (circuits à base de silicium - silicon en anglais, d'où le nom de Silicon Valley), de l' invention des ordinateurs, du développement du réseau Internet etc.

Une autre geste (au sens de "chanson de geste") marque l'histoire de la Californie. Le 24 janvier 1848, un charpentier qui travaille sur le chantier de la scierie d'un certain John Sutter - un Suisse venu tenter sa chance dans le Far West -, extrait de l'eau de l'American River, à proximité de San Francisco, de fines particules d'or. La Californie devient un "el dorado". La nouvelle fait accourir des milliers d'immigrants vers l'eau de là... (bon...).  San Francisco passe en 2 ans de 1000 habitants à 300000. L'afflux est tel que la Californie est admise au rang d'Etat en 1850. Acte de naissance officiel. Là aussi l'histoire laisse une trace. De quoi nourrir le "California Dream", rêve de richesse immédiate.

La fièvre de l'or, certes, est retombée (elle est retombée dès 1855...), mais pas le rêve de richesse. Il y a beaucoup de gens qui ont fait fortune dans la Silicon Valley, dans des proportions hors du commun : ils sont riches, très riches. Pas par héritage, mais parce qu'ils ont réussi. De quoi faire rêver.

Et pourtant, une dernière question vient : un territoire - que ce soit la Silicon Valley, ou Shanghaï, ou Sydney...-, peut-il encore faire rêver, à l'heure d'Internet et de la mondialisation ? La page n'est-elle pas tournée ?  

Réponse de mon fils,  en deux temps : Un territoire en tant que tel n'a plus la même capacité à être attractif à l'heure où on peut travailler de partout. Reste que mine de rien le fait d'être entourés de gens qui ont réussi  crée une espèce d'alignement par le haut qui joue sur la motivation...  

Clin d'oeil de l'histoire : Fabrice Tourre, le trader de Goldman Sachs actuellement sur la sellette, est un jeune Français (31 ans), diplômé de l'Ecole centrale, établi sur la côte Est. Ce n'est pas un aventurier de la trempe des pionniers, tout juste un aventuriste.

Mais la Californie, elle, n'a sans doute pas fini d'incarner le rêve du Go West ...

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque
(René Char)






01/05/2010
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