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Christchurch

A  nouveau un extrait du blog de mon fils après son passage de tour du monde à Christchurch en Nouvelle Zélande. Le rapprochement qu'il fait entre les événements dramatiques du tremblement de terre et la pensée d'Héraclite trouve un profond écho en moi. Tout événement, heureux ou malheureux, nous renvoie à l'impermanence de la vie, à la fois à sa force et à sa précarité.

De passage bien involontaire à Christchurch, une semaine après le tremblement de terre, plusieurs impressions nous touchent.
La première, qui te saute à la gorge dès que le bus approche, c'est l'ampleur de la destruction. Non, ce ne sont pas juste quelques immeubles du centre ville qui se sont écroulés, comme je l'imaginais avant d'arriver. Ce sont des piles et des piles de gravas dans les rues, les maisons éventrées dont on voit encore l'intérieur douillet des chambres coupées en deux, les églises par terre, les voitures broyées sous les décombres. Tout cela en dehors de la zone "vraiment sinistrée", le centre et l'Est de la ville, eux toujours inaccessibles.
Chaque perte est bien sûr unique, terrible, mais au vu du champ de bataille, 200 ou 300 morts cela semble peu ; j'imagine la même secousse dans une ville d'un pays pauvre, sans doute des dizaines de milliers de victimes, plus un bâtiment debout, et ensuite l'eau polluée, les maladies, les pillages... Images de Haïti. Même devant ces événements brusque de la Nature, les hommes ne sont pas égaux.
Le plus dur à ce stade, c'est l'attente. Les autorités inspectent un par un chaque bâtiment, et le verdict est taggué sur la façade : OK (exterior and interior), OK (exterior only), NOT OK. Les familles patientent, hébergées comme elles peuvent. Tous les motels complets. La recherche des corps sous la cathédrale qui commence tout juste. On imagine ces journées si vides et pleines à la fois.
Je crois qu'à la manière de la guerre, de l'occupation, ces catastrophes font ressurgir et amplifient ce qu'il y a de meilleur et de pire en l'Homme. 
Le pire : Le risque de pillage, qui oblige l'armée a toujours boucler la plus grande partie de la ville (dont 100% du centre), empêchant les habitants d'aller seulement constater l'état de leur maison. Les tentations de spéculation -- le gouvernement a du décréter un gel des prix. La curiosité morbide des quelques touristes prenant sans pudeur des photos des décombres. La malhonnêteté des média -- j'aperçois cette présentatrice TV japonaise qui met son casque de chantier quand ça commence à tourner -- vous rajouterez bien un peu de drame ?
Le meilleur : la solidarité partout manifeste, la nation réunie, la reconstruction déjà commencée. Les hommes tournés déjà vers l'avenir. Les grands panneaux "NOW OPEN!" sur les restaurants et les magasins, exhibés avec une immense fierté comme autant de trophées, de revanches de l'Homme contre la catastrophe. Le flegme très anglo-saxon du chauffeur de bus passant devant le parc dévasté : "Anyway, there are still very nice walks in the park...".
Enfin, en quittant la ville ce matin je pense à Héraclite, "il n'est pas possible d'entrer deux fois dans le même fleuve", puisque l'eau qui coule n'est pas deux fois la même ; toutes les choses sont transitoires, "jamais rien n'est, toujours il devient". Et même celles qui nous donnent l'illusion de nécessairement durer, notre maison, notre cité, la vie et la santé de nos proches, tout cela n'est pas moins transitoire, incertain, fragile et précieux que l'eau du fleuve qui s'écoule. 


04/03/2011
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