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De la crise


Plusieurs informations récentes donnent à penser que tout recommence comme avant [avant la crise].

Les bonus des traders défraient à nouveau la chronique. On apprend ainsi que les traders parisiens s'apprêtent à toucher en mars 1 milliard d'euros de bonus. L'équivalent, note Le Monde, pour ces 3500 traders, de ce que touchent 62000 personnes payées au smic pendant un an. A nouveau des chiffres à faire tourner la tête. 150 à 200 traders stars toucheraient chacun entre 500000 et 600000 euros. Les mêmes sans doute qui ont envoyé leur banque dans le mur il y a un an. Mais les pertes ne sont-elles pas mutualisées, si les gains sont privés ?

Les bénéfices des banques explosent - des mêmes banques qui n'ont dû leur survie qu'à l'intervention des Etats, sans contrepartie apparente. C'est ainsi que Goldman Sachs fait état d'un bénéfice de 13,3 milliards de dollars en 2009 [l'année de la crise !]- soit le bénéfice de 2008 multiplié par 6.

La spéculation repart de plus belle. Après les subprimes immobiliers américains, à l'origine de la crise planétaire, voici maintenant les mêmes américains qui spéculent, à partir du même modèle de subprimes, cette fois-ci sur la vie des gens par le moyen d'assurances-vie, dont le risque est "tritisé", c'est-à-dire dilué et finalement rendu totalement opaque... jusqu'au prochain retournement de situation.

La spéculation s'empare aussi des terres. Toyota, leader des voitures hybrides et des voirures électriques, vise à une mainmise de territoires en Argentine pour exploiter de futures mines de lithium [il n'existe que très peu de gisements connus] - sachant que le lithium est "le" composant des batteries des voitures électriques de demain. La spéculation s'empare aussi des terres agricoles. Le coréen Daewoo a acheté une licence permettant d'exploiter 50% des terres arables de Madagascar. Les paysans sont chassés de leurs terres : ils ne comptent pas face aux bénéfices escomptés.

Tout recommence comme avant. La crise d'ailleurs, dit-on, est derrière nous. Nous ne sommes plus en récession. La vertu principale est la capacité d'oubli.

Sauf que la réalité risque bien de se rappeler à nous et durement. Car si la crise trouve son origine, comme le pointent les spécialistes, dans l'idéologie, théorisée par Milton Friedman dans les années 80, selon laquelle toute réglementation est un frein à l'économie, il faut laisser faire les marchés... la volonté de changer de cap, quelquefois affichée par les politiques, se heurte à l'impuissance des mêmes politiques à reprendre la main.

Dans les années 80 les Etats avaient la main : Reagan, Thatcher, les Européens ont déréglementé à tout va. La machine folle a été lancée. Mais comment en reprendre le contrôle ? La mondialisation est passée par là.

Les chefs d'Etat ne peuvent plus exprimer que des déclarations d'intentions peu suivies d'effets - si ce n'est les effets d'annonce - mais rien ne bouge sérieusement dans la foulée. Seul Obama a peut-être une petite chance - les américains jouant encore pour quelques temps un rôle de leadership mondial. L'annonce qu'il vient de faire de vouloir inscrire dans la loi des mesures limitant la taille des banques et leurs activités de spéculation est prise au sérieux par les banques américaines : le Dow Jones perdait dans la foulée 2,01% et le Nasdaq 1,12%. Mais Obama ne peut rien sans le Congrès, et le Congrès est contrôlé par les grandes banques, Goldman Sachs en tête...

La "crise" n'est donc pas derrière nous, nous sommes dedans et elle peut être longue. Elle n'a pas développé toutes ses conséquences. Mais elle peut aussi donner l'opportunité de changer de modèle économique, et dans ce changement le consommateur - nous tous avons un rôle à jouer, individuellement et en étant reliés. Beaucoup d'initiatives existent déjà, dont je reparlerai.

Comme le souligne Edgar Morin dans un bel article du Monde [10-11 janvier 2010] "Eloge de la métamorphose"  :

Aujourd'hui, tout est à repenser. Tout est à recommencer. Tout en fait a recommencé, mais sans qu'on le sache. Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés
.





21/01/2010
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