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Destruction/Création

 

Ce billet se présente comme la suite des réflexions entamées précédemment  sur le pessimisme des Français. Celui-ci est fondé sur des raisons objectives : voir le commentaire pertinent de Christian sur le dernier billet et qui fait quant à lui l’éloge du pessimisme. Cependant la vie n’en reste pas là et peut prendre le dessus… En témoigne à sa façon l’éditorial du Monde du 20 janvier qui souligne le « paradoxe » entre le fait que les Français sont peut-être  les champions du monde du pessimisme mais qu’ils détiennent aussi le record de fécondité de l’Union européenne …

Je laisse mon épouse, Chantal, reprendre le fil de sa réflexion.

 

 

 

Des pans entiers du monde s’effondrent autour de nous, et nous assistons, impuissants à cet effondrement imparable. Où et quand ce raz de marée s’arrêtera-t-il ? Il y a les institutions, les organisations, mais plus sournoisement, ce qui se passe dans nos psychismes : les individus n’échappent pas à  ce sentiment de désintégration, de déstructuration. Le paysage interne  est à l’image du paysage externe, triste et sombre.

 

On n’arrête plus ce processus une fois qu’il est enclenché. C’est la métaphore du Titanic qui a tant frappé les imaginations. Certes, on ne peut rien contre les lois physiques, mais pas seulement : à partir d’un certain moment,  les sursauts de prise de conscience, les réactions deviennent inefficaces pour arrêter la machine qui court  irrémédiablement à sa perte. Nous sommes emprisonnés dans ce  système.

 

Ce constat est décourageant, désespérant. Cette impuissance à arrêter un processus qui conduit irrémédiablement à la  mort. D’où le pessimisme, le cynisme, l’amertume, la morbidité omniprésents. Effectivement, le système actuel secrète la mort et cela, pour l’être humain, fait partie des choses les plus difficiles à vivre.

 

Si nous raisonnons selon la logique de nos modes de réflexion habituels, la tentation est grande du  dés-espoir car ce qui se donne à voir aujourd’hui, c’est bien la destruction ; alors même que notre monde occidental a tout fait pour occulter la mort. Le mythe sous-jacent au progrès, c’est en effet l’éradication de  la mort. A défaut d’y avoir réussi, les gens sont entretenus dans l’illusion que la mort n’existe pas ou ils en sont distraits.

 

Mais sortons de notre système habituel de référence pour porter notre regard ailleurs, dans d’autres contextes culturels. En Inde, dans la mythologie hindoue, Shiva est à la fois le dieu de la destruction et de la création. C’est un personnage complexe et contradictoire ; il est le dieu de la destruction, mais celle-ci a pour but la création d’un monde nouveau. Nous, occidentaux, sommes à prime abord choqués par ce rapprochement intime entre création et destruction, entre vie et mort. Nous avons compartimenté les choses, nous les avons clivées, ou en tous cas nous avons soigneusement éloigné la mort de la vie pour éviter toute contamination.

 

Maintenant, regardons plus près de nous. Les personnes qui ont rencontré de graves problèmes de santé, le cancer par exemple, témoignent fréquemment d’un regain de vitalité découvert  à travers même cette menace de mort. Le risque de la mort les a rapprochées de la vie. N’est-ce pas ce que l’épreuve que nous traversons aujourd’hui collectivement nous invite à redécouvrir ?

 

Par ailleurs, la biologie nous enseigne que la vie est toujours indissociable de la mort. Pas de vie sans mort. Gardons donc à l’esprit ces deux pôles d’apparence si antinomiques et ne nous enfermons pas dans l’évidence de cette désagrégation généralisée autour de nous, voire en nous.

 

Un processus naturel illustre parfaitement cette connivence, pour ne pas dire cette co-existence  entre vie et mort : c’est celui de la mue, du changement de peau. Dans ce processus, les deux phénomènes se passent simultanément : la construction d’une nouvelle peau et le détachement de la peau superficielle, de la vieille peau. Nous ne sommes pas loin de la métaphore du dieu Shiva. La jeune peau, fragile, se construit sous la vieille peau, protégée par elle, car trop sensible pour être exposée aux agressions externes. Quand celle-ci est suffisamment constituée, la dépouille tombe d’elle-même…

 

La vie se joue en permanence entre la vie et la mort ; mais c’est ce que nous expérimentons tout particulièrement en période de mutation comme c’est le cas aujourd’hui. Regardons ce qui se passe du côté de la vie, ce qui est certes fragile, sensible, délicat et qui ne s’expose pas, ne s’affirme pas encore au plein jour....

 

Ainsi tous les modes de vie différents qui s’inventent : approches systémiques de nouveaux modes  d’habitation, de nourriture, de rapport aux autres, les AMAP, les organisations de micro-crédit, etc…

Bien sûr ces créations ne sont pas majoritaires. Dans l’équilibre des forces actuelles, elles sont loin de faire le poids. C’est l’histoire de David et Goliath. Mais l’enfermement dans cette logique du rapport de force conduit à une mort assurée. La logique de la vie n’est pas de cet ordre là. 

 

Notre optimisme est celui de la vie, il est relié à cette vie qui est là, même souterraine, mais toujours prête au jaillissement possible.



21/01/2011
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