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Encore un effort Mr Bébéar !

 

Je souhaite réagir à l'interview de Claude Bébéar parue dans le Figaro de ce jour jeudi 5 mars sous l'intitulé, en première page : "Crise financière : les quatre vérités de Claude Bébéar", repris en page intérieure dans les feuilles saumon sous cette en-tête :  "Claude Bébéar dénonce la cupidité et la perte de bon sens de tous les acteurs du système".

 

Mr Bébéar, comme on sait, n'est pas n'importe qui. Il a la réputation d'un "sage",  retraité de la présidence du conseil de l'assureur Axa, qu'il a jadis fondé. Il réagit ici aux problèmes que connaît en Bourse l'action Axa, durement attaquée depuis la publication des résultats, il y a deux semaines.

 

Question du Figaro : Faut-il y voir le reflet de la crise ? Là-dessus, Bébéar nous livre ses commentaires et on peut lire dans le corps de l'article qu'en effet il dénonce "la cupidité et la perte de bon sens de tous les acteurs du système". Bien. Mais encore.

 

Je me pose de prime abord deux questions : 1] N'y a-t-il pas mélange des genres à évoquer la "cupidité" [vocabulaire moral] quand il se pourrait bien qu'il s'agit de logique financière pure et dure ?  [2] Bébéar dénonce la cupidité et la perte de sens de "tous" les acteurs du système : que ce soit un système, oui ; mais tous les acteurs ? Je me méfie des généralisations, qui pourraient bien dispenser de rechercher de plus près de quoi il s'agit. Ce n'est plus l'arbre qui cache la forêt, mais la forêt qui cache l'arbre.

 

Le contexte, on l'a dit, c'est la chute des cours de la Bourse. Bébéar y va donc de son explication quant à cette chute :

 

a] La Bourse réagit [négativement] à des [mauvaises] nouvelles qui n'en sont pas, car elles étaient attendues, donc sans surprise.

 

b] Il n'est pas surprenant qu'AIG [assureur américain concurrent] ait perdu 60 milliards au 4ième trimestre, car, dit Bébéar, cet assureur est sorti de son métier "par goût du lucre" [qu'en termes choisis ces choses-là sont dites ! Traduisons : par recherche du profit à tout prix] que son métier de base [l'assurance] ne lui apportait pas au même niveau. Mêmes causes mêmes effets, poursuit Bébéar, chez Citigroup, qui a également énormément développé des produits "toxiques".

 

c] Comment a-t-il été possible de développer ces produits, dits "toxiques" dans le langage fleuri des financiers, à l'origine des déconvenues actuelles ? Bébéar répond : C'est la faute à la comptabilité. Et d'expliquer que les normes comptables permettent bien des choses... Bébéar ne va pas jusqu'à dire pour produire de faux bilans, mais il aurait pu aller jusqu'à le dire.

 

[Sans entrer dans le détail, un peu indigeste, disons que les normes comptables, plusieurs fois remaniées, réalisent ce miracle, par la magie de produits virtuels, de débarrasser les bilans de passifs gênants et autres produits douteux, permettant ainsi de présenter le plus légalement du monde des résultats glorieusement positifs... faux ! C'est une des joyeusetés de la fameuse titrisation : offrir la possibilité de tranquillement supprimer des lignes de crédits qui normalement devraient rester sur le bilan - puisque qu'elles concernent des créances détenues par des tiers ; mais ces créances sont revendues - les subprimes, ça vous dit sûrement quelque chose - et le risque afférent éparpillé dans la nature. On connaît la suite de l'histoire.]

 

d] Bébéar pointe enfin les agences de notation "qui jouent un rôle ambigu".

 

Bien. Voilà  résumée l'analyse de Bébéar. Restons-en là et commentons. Le sens de mon commentaire : Encore un effort, Mr Bébéar ! Allons un peu plus loin. Vous nous dites vos "quatre vérités" : est-ce qu'il n'y en aurait pas une cinquième ?

 

En effet, il me paraît difficile de se satisfaire, sans plus, de ce : 'C'est la faute à la comptabilité' ! On voit bien que les normes comptables, comme je l'ai dit, ont permis des tours de passe-passe. MAIS la bonne question [que ne pose pas Bébéar] ne serait-elle pas : QUI PRODUIT CES NORMES, lesquelles finalement arrangent bien les financiers ? La réponse est dans la question.

 

Axa, et les autres assureurs, sont-ils des "victimes" de la tyrannie des normes comptables, comme l'expose Bébéar ? Difficile à croire, ou alors ce sont des victimes des plus consentantes...  Axa n'a-t-il pas passivement profité, comme les autres assureurs [par exemple AIG ou Citigroup, que cite fort opportunément Bébéar], de cette bonne aubaine ? Ou Axa a-t-il protesté haut et fort ? Où ? Quand ?

 

Quant aux agences de notation, celles qui produisent ces fameux AAA si recherchés, car ce sont ces notes qui donnent valeur aux produits un peu tordus qui viennent miraculeusement se substituer sans risque aux produits traditionnellement risqués, censément être ceux des banques et des assureurs quand ils ne sortent pas de leur métier de base, - ces agences de notation, donc, suffit-il de constater qu'elles "jouent un rôle ambigu" ?

 

Soyons plus précis : les agences de notation sont des entreprises commerciales privées, et ce sont les émetteurs de titres demandeurs d'évaluation qui sont leurs clients, et paient pour se faire évaluer. Ce n'est pas ambigu : c'est très clair ! Bébéar est bien soft sur le sujet. Il en sait évidemment beaucoup plus qu'il n'en dit.

 

Merci quand même Mr Bébéar d'avoir éclairé notre lanterne. Mais une lanterne n'éclaire pas tout : elle produit autant de zones d'ombre que de lumière... A vrai dire nous eussions aimé un peu plus qu'une lanterne : de bons projecteurs qui éclairent jusqu'aux recoins les plus cachés.



Addenda de dernière heure :


[1] L'action Citygroup - qui fut la première banque mondiale par capitalisation [avec 277 milliards de dollars en 2006] - vient de passer sous la barre de 1$, à 97 cents : même pas de quoi se payer une tasse de thé.


[2] Aviva, qui s'est livré à un petit jeu sur les dividendes qui n'a pas eu l'heur de plaire à la Bourse [avoir annoncé le maintien de son dividende malgré la publication d'une perte nette record : la Bourse en perte de sens se raccrocherait-elle faute de mieux à la morale ?], voit son titre s'effondrer de 33,37%, à 189,90 pence.


On apprend au passage que le groupe publie en réalité deux jeux de comptes : l'un en normes IFRS [?], l'autre selon le standard MCEV [pour, paraît-il, "market consistent embedded value"] "censé capter la valeur future des portefeuilles vie". Dans le premier cas la perte nette est de 885 millions de livres, dans le second de 7,7 milliards.


Quand on vous disait que tout çà est un rien tordu... Bien entendu il faut comprendre : les normes MCEV étaient des plus "intéressantes" quand on était dans la folie enrichissante des années 2006-2008, mais quand tout se retourne et que les "valeurs futures" ne valent rien... faute d'acheteurs ! voilà une autre paire de manches ! Bienvenue dans l'univers dingue [ce n'est pas bling-bling mais dingue-dingue] des financiers !




05/03/2009
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