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La fête des mères au tournant du troisième millénaire

 
Réflexions de mon épouse Chantal à propos de la fête des mères
 
 
Cette année, on fête les mères le 25 mai. La surenchère commerciale autour de cette fête me rend méfiante même si  je me rappelle avec émotion et attendrissement les cadeaux naïfs - faits-main - de mes enfants et même si cette fête fait - envers et contre tout - vibrer au plus profond mes fibres maternelles.
Remontons à l'origine. En France on retrouve des ébauches de célébration en l'honneur des mères à partir de 1906. On célèbre alors les mères essentiellement pour deux motifs : soit en hommage aux mères qui ont perdu leurs fils et leur mari pendant la première guerre mondiale, soit dans le cadre d'une politique nataliste encouragée par la République. En 1941,  le régime de Vichy fait inscrire cette fête dans le calendrier , instaurant de manière officielle la Fête des Mères. 
Depuis, on a inventé la fête des pères, des grands mères ( créée en 1987, par la marque de café "Le Café de Grand mère",  donc d'origine purement commerciale), celle des enfants et enfin celle des grands pères qui voit le jour en 2008... Tous les prétextes sont bons pour encourager la consommation.
Le consumérisme étant passé par là, il a carbonisé la pureté du symbole en se focalisant sur le cadeau marchand. 
 
Si nous remontons plus loin dans l'histoire, beaucoup plus loin, les premières traces de célébration en l'honneur des mères sont présentes dans la Grèce antique lors des cérémonies printanières en l'honneur de Rhéa ou Cybèle, la grande mère des dieux et notamment de Zeus. La Grèce antique célébrait la fête au printemps, associant la mère à cette saison de renaissance de la nature, de fertilité et de vie. A l'origine, cette fête nous relie donc au principe maternel en association avec la nature. Et cela contribue à apporter un peu d'air frais à cette fête qui a bien vieilli aujourd'hui, liée qu'elle était à l'origine à la guerre et à une politique nataliste...
 
Pour approfondir l'importance du symbole maternel, faisons un pas de géant en arrière, cette fois dans l'histoire du monde. A l'origine des religions, on découvre l'existence de la déesse mère. Frédéric Lenoir explicite bien ce phénomène dans son ouvrage "Petit traité d'histoire des religions".
Au Proche-Orient, douze mille cinq cents ans avant notre ère, l'homme conduit sa première expérience de sédentarisation liée aux premières ébauches de l'agriculture et de la domestication animale. Cette ère va durer sept ou huit mille ans au Moyen-Orient, un peu plus longtemps en Europe. Sur le plan religieux, le bouleversement est alors d'une grande ampleur. "En effet, au terme de cette ère, le sentiment religieux qui avait émergé des dizaines de milliers d'années plus tôt donne naissance à un embryon de religion constituée, qui intègre les grands traits constitutifs des religions ultérieures. Ce bouleversement s'orchestre autour de  l'émergence d'une figure inédite : celle des dieux. Ou plutôt des déesses car Dieu alors est féminin. Les premiers dieux sont en fait des déesses; dès lors, on voit se multiplier les sculptures exclusivement féminines". A cette époque, il est naturel que la représentation divine la plus importante soit la femme, qui exprime l'essence de la fertilité puisqu'elle est la donneuse de vie par excellence.
 
Donc le principe féminin avant le principe masculin. Le principe maternel avant le principe paternel. Par la suite, les dieux pères ont pris la première place et ont été façonnés sur le modèle des civilisations pastorales et patriarcales, pour culminer dans les trois religions monothéistes, mettant en relief le rôle prédominant du père. Notre civilisation et notre culture occidentales sont profondément marquées par cette histoire et la référence-clé au complexe d'Oedipe est significative de cet ancrage. En effet, dans la psychanalyse freudienne, la structuration de la personnalité s'organise autour de l'imago paternelle.
 
Et maintenant, projetons-nous dans le futur, dans le futur déjà inscrit dans le présent.
Le destin de l'humanité est entraîné dans une autre mouvance. Avec la montée d'une prise de conscience soutenue par les rapports alarmistes des scientifiques quant à un réchauffement de la planète et un épuisement de ses ressources, une vague écologique et spiritualiste s'est levée qui exprime le besoin fondamental de se relier à un cosmos englobant, à l'univers, et d'instaurer une nouvelle relation avec la terre, plus respectueuse et harmonieuse.
Les concepts, les images de Terre-Mère, de Terre-Patrie sont apparues, qui cristallisent l'imaginaire de ce courant écologique.
Ainsi, par exemple, Edgar Morin appelle les citoyens du monde à une prise de conscience d'une communauté du destin terrestre, véritable conscience planétaire.
Or cette représentation de la Terre-Mère ou de la Terre-Patrie ne nous rapproche-t-elle pas de celle de GaÏa ? Gaïa, la divinité première, déesse primordiale, déesse de la terre, personnage à la fois religieux, politique et mythologique.
Comme je le notais précédemment, la figure des dieux n'a cessé de se transformer au cours des millénaires en fonction de l'évolution des sociétés et des projections humaines. Aujourd'hui, l'image maternelle se profile à travers la référence à GaÏa.  Certes, on ne va pas rendre un culte aux "déesses-mères" du passé, mais on redonne au cosmos les qualités féminines et maternelles que lui avant en partie ôtées les sociétés patriarcales.  
Le retour à la Terre-Mère, au principe maternel, laisse pressentir le retour de Gaïa, le symbole de la vie, sous des formes plus modernes et à explorer.
 
Aujourd'hui, la Fête des Mères s'inscrit dans ce large contexte, elle prend forme sur cette toile de fond, et elle a de quoi nourrir nos imaginaires...


21/05/2014
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