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La puissance de l'événement : de l'affaire DSK au 11-Septembre

 

 

Ci-joint quelques réflexions de mon épouse Chantal inspirées d'événements marquants, ayant des répercussions sur nos imaginaires...

 

 

 

Si j'ai pu me sentir agacée par l'énorme agitation médiatique faite autour de l'affaire DSK, j'ai encore été plus agacée par la manière dont j'ai personnellement réagi à cet événement. Affectée et troublée au point qu'il ne m'a pas été facile de me dégager de mes réactions passionnelles pour prendre du recul.
 
Aujourd'hui, je m'interroge sur l'emprise que  cet événement a eu sur moi et sur nombre de mes concitoyens (voir les millions de Français qui ont suivi la mascarade télévisuelle après le retour de DSK en France). J'essaie de comprendre pourquoi et comment je me suis tant impliquée émotionnellement dans cette affaire qui, à priori, ne me concerne pas. Nous ne savons pas et ne saurons jamais exactement ce qui s'est passé dans la fameuse suite du Sofitel de New York pendant les 9 minutes, sinon qu'il y a eu, selon le rapport du procureur, "relation sexuelle précipitée".  Or j'ai été indignée, choquée, scandalisée... Mes émotions et mes affects se sont engouffrés dans ce mauvais feuilleton et j'ai eu l'impression désagréable de me laisser piéger, pire de me piéger moi-même dans cet événement.
Comme si, sinon directement, mais réellement j'étais concernée. 
 
Il s'est passé un événement. L'événement se caractérise par la dimension et la portée "objective" des faits, mais aussi par l'importance et le bruit que les médias en répercutent. 
Ainsi, des images choc se sont gravées dans nos esprits ; et l'image n'est pas prête de s'effacer, celle d'un homme parmi les plus puissants et les plus respectés, reconnu pour ses compétences et ses actions, personnage que nombre de Français imaginaient comme un sauveur possible - cet homme anéanti, le visage défait, dépouillé de son personnage, un homme à terre.
 
Sur un tout autre registre, ce qui participe à la puissance de l'événement, c'est l'écho qu'il trouve en nous, jusqu'au plus profond de notre inconscient, lequel inconscient réagit comme une véritable caisse de résonance par rapport à lui. Et c'est de cet écho que l'événement tire sa force et son emprise sur nous, aussi bien dans nos têtes que dans nos tripes. D'une certaine façon, il mobilise de l'énergie en nous.
Manifestement, cet événement nous a touchés, ébranlés tant individuellement que collectivement, à en croire les animosités, les passions, les projections, les débats, les interprétations multiples et variées qu'il a engendrés.
 
L'affaire DSK concentrait le cocktail de trois ingrédients explosifs : le pouvoir, le sexe et l'argent. De quoi frapper les imaginaires et de quoi produire moultes versions et épisodes d'un feuilleton sulfureux. Et effectivement ce triste vaudeville, riche en rebondissements, a grassement alimenté les recettes des tabloïds quasiment du monde entier. 
Mais jusque là ce type d'"affaires" et la publicité malsaine qui en est faite méritent plutôt l'indifférence, voire le mépris.
 
Or, à travers cet événement, je crois qu'il s'est joué quelque chose de plus fort et de plus troublant, et qui a pu expliquer mes réactions contradictoires entre une volonté de "classer" une fois pour toutes cette affaire et le malaise persistant qu'il continuait à susciter en moi. 
 
L'image d'un DSK à la mine défaite, c'est l'image de la chute. Une chute brutale, absurde, irrémédiable, pas seulement une chute politique mais l'image de la chute d'un homme. Chute au moment de se déclarer prétendant au plus haut sommet du pouvoir. La chute pour le temps d'une pulsion. Un bref moment d'égarement pour une vie passée à se construire autour d'une grande ambition.
 
Ces images, ces réflexions font écho aux fantasmes de chute et de peur, ancrées en chacun de nous. Elles nous ramènent aussi à la réalité indépassable de la fragilité humaine...
 
Au-delà de la désillusion, de la dés-idéalisation d'un personnage, nous éprouvons la chute de ce que nous respectons, de ce que nous croyons... D'où nos sentiments de regret, de déception, de frustration, d'indignation, de colère... Il s'est joué un drame sur une scène privée  qui a été largement répercuté sur la scène publique et qui se rejoue  sur notre scène intérieure, dans notre imaginaire, brassant des fantasmes  peu confortables... 
 
Cette chute - la chute brutale d'un homme imaginé puissant - entre en résonance pour moi avec une autre chute, celle des tours du World Trade Center dont nous avons récemment commémoré l'événement. La force des images est encore gravée dans nos têtes, dans nos esprits, malgré les dix années écoulées. Le moment qu'a duré la chute des tours signait symboliquement la fin de l'ère de l'hégémonie américaine et occidentale. La chute des tours entraînait avec elles et ne finit pas d'entraîner la chute de nos croyances, de nos assurances, de nos certitudes, de nos sécurités...
 
La puissance humaine à la merci de la chute brutale, inattendue, imprévue et imprévisible... La plus belle et ambitieuse construction de soi à la merci d'un bref moment d'égarement...


03/10/2011
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