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La seule véritable question des élections

 

Dans le dernier billet, je faisais part de ma conviction que les élections devraient se jouer non sur des intérêts partisans liés au monde d'hier (le XXe siècle) mais sur un enjeu primordial : celui de nous préparer à affronter le monde qui vient - un monde en mutation.

Nos politiques ont-ils la capacité de nous conduire sur ce chemin ? J'en doute, comme beaucoup en doutent, au vu de la vacuité des débats qui ignorent ou esquivent cet enjeu. De ce point de vue, je suis d'accord avec le commentaire ajouté au dernier billet par mon ami Jean-Claude Serres - qui note, avec une pointe d'ironie, que nos politiques "sont en effet les dignes représentants de ce que nous sommes. Ils ne peuvent penser et diriger les grandes mutations à venir car ils en sont incapables et car nous, Français, en sommes globalement incapables".

Jean-Claude ajoute : "La mutation est en cours, c'est ma conviction. Elle n'est pas visible sur le plan médiatique, c'est sa force. Cette mutation est transversale aux frontières, c'est sa pertinence et son danger. Elle demandera un saut de génération sans doute. Ce ne sont pas des hommes politiques en place mais des acteurs rebelles aux illusions conservatrices qui traceront les routes de demain".

La seule véritable question est bien en effet de savoir comment nous préparer au monde de demain qui sera radicalement nouveau. Radicalement nouveau, car il s'agit d'une mutation, d'une mue. Et ce qu'il faut, c'est d'abord tenter de penser ce monde nouveau.

Comme chacun sait, une mutation c'est un changement ; mais pas un petit changement : c'est un changement profond, radical et souvent rapide, une transformation brutale et durable.

Ce qui change, sous nos yeux ? Je me réfère à l'analyse du philosophe  Bernard Stiegler : c'est la disparition du modèle industriel consumériste qui s'était formé au XXième siècle, et l'apparition d'un nouveau monde, plus industriel encore, mais qui ne pourra plus se développer sur le modèle consumériste - ce que chacun sait, aussi dépendant qu'il soit de ce consumérisme qui apparaît désormais, aux yeux de tous, être l'agent d'une insupportable "mécroissance".

Nous vivons une période de transition. Comment aborder cette transition ? Michel Rocard le souligne, dans une contribution au Monde. Il faut d'abord recréer de la stabilité - réguler la finance (les activités spéculatives). L'économie de transition nécessite cette pacification.

Et, sur les ruines de l'économie consumériste qui arrive à sa fin, avec devant nous des années de croissance faible, voire de décroissance, travailler à l'émergence de ce que Stiegler appelle "une économie de la contribution". Le modèle consumériste a laminé les hommes, détruisant leurs capacités critiques, les privant de leur savoir-vivre, les réduisant à l'impuissance - impuissance dont nous sommes tous les jours témoins - au plan social, au niveau des États rendus potentiellement insolvables...

Travailler à l'émergence d'une économie de la contribution signifie sortir de cette impuissance dans laquelle nous enferme le consumérisme, travailler à restaurer dans tous les domaines (politique industrielle, politique éducative, politique culturelle etc.: les grands axes d'un véritable projet de société) nos "capacités" collectives : en termes de savoir-vivre, de savoir-faire, de ré-orientation des objectifs sur le long terme, ceci recréant les conditions d'une confiance collective dans un avenir possible.

À cette tâche correspond bien la nouvelle représentation - on dit le nouveau paradigme - de l'homme. L'homme des dernières décennies du XXe siècle, considéré à la lumière de la psychanalyse et de l'anthropologie structurale, était déterminé par ses conditions sociales, gouverné par ses désirs : le consumérisme a su en faire son affaire, en le conditionnant et lui fabriquant des désirs largement suggérés.

 

Le nouveau paradigme nous vient des neurosciences, des sciences cognitives, de la biologie de l'évolution. On est passé de l' "homme structurel" à l' "homme neuronal". La nouvelle figure de l'homme ? C'est un vivant comme les autres, fruit de l'évolution et capable de s'adapter à son milieu : porté par l'élan vital. Cette représentation ouvre un formidable espoir quant à la capacité de l'homme à relever les défis du monde de demain.

 

 

Suivez-moi sur Twitter : @voilacestdit





29/02/2012
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