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Le désarroi de Benoît XVI




"Williamson : Benoît XVI exprime son désarroi" [Le Figaro]



Rappel des faits. Le 24 janvier 2009 le Saint-Siège publie un décret, daté du 21 janvier, levant l'excommunication qui frappe quatre évêques "intégristes" ordonnés par le dissident Mrg Lefebvre en 1988. Tout le monde comprend que si l'excommunication est levée, c'est que ces quatre évêques ont rejoint le bercail de l'Eglise catholique.


Mais on n'a pas le temps de digérer cette information  - qu'on apprend [télescopage ? ou manipulation de la part de l'aile la plus dure de la mouvance ?] que Mrg Williamson, l'un des quatre évêques intégristes concernés par la levée de l'excommunication, nie l'existence des chambres à gaz.


Stupéfaction ! aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Eglise catholique. La polémique enfle. Benoît XVI intervient publiquement le 28 janvier 2009 pour justifier sa décision, mais sans prendre pleinement conscience, semble-t-il, de l'ampleur de la polémique.


Le gouvernement argentin, lui, réagit : le 19 février 2009 il somme Williamson de quitter le pays avant dix jours, sous peine d'être expulsé. Williamson obtempère, non sans réaffirmer son négationnisme.


Là-dessus, le 12 mars 2009  - soit plus de six semaines après le départ de l'onde de choc - Benoît XVI publie une lettre adressée aux évêques dans laquelle il se dit "attristé" par cette crise et exprime son désarroi devant la violence des réactions qu'elle a provoquées.


La lettre pontificale commence par ce constat : "La levée de l'excommunication des quatre évêques consacrés en 1988 par Mgr Lefebvre sans mandat du Saint-Siège, a suscité, pour de multiples raisons, au sein et en dehors de l'Eglise catholique, une discussion d'une véhémence telle qu'on n'en avait plus connu depuis longtemps".


La contestation est même allée, poursuit Benoît XVI, jusqu'à ce que "certains groupes [on comprend : à l'intérieur de l'Eglise catholique] accusent ouvertement le Pape de vouloir revenir en arrière, au temps d'avant le Concile : d'où le déchaînement d'un flot de protestations [...]". Et d'exprimer son profond désarroi : "J'ai été peiné du fait que même des catholiques, qui au fond auraient pu mieux savoir ce qu'il en était, aient pensé devoir m'offenser avec une hostilité prête à se manifester".


Que l'on mesure la violence des mots [inhabituelle dans un document officiel !] qui viennent sous la plume de Benoît XVI, et on comprendra l'ampleur de son désarroi.


Car c'est bien de désarroi qu'il s'agit. Rappel sur l'origine du mot : L'arroi désignait la troupe qui accompagnait un seigneur dans ses déplacements en temps de guerre ["... des seigneurs à cheval avec tout un arroi de gens en armes"]. Etre en désarroi, c'est se retrouver dans la situation du seigneur lâché par ses troupes.


Pourquoi le désordre des troupes ? Voilà la bonne question. Mais ce n'est pas celle à laquelle Benoît XVI répond, longuement, dans sa lettre.  Il s'emploie plutôt à justifier sa décision, et explique - c'est classique - l'incompréhension que celle-ci a suscitée par la non compréhension : vous ne m'avez pas compris ! Mais au-delà des arguties les contradicteurs ont  bien compris l'intentionnalité, et c'est de cela qu'ils s'alarment.


De même qu'ils ne peuvent admettre que la même Eglise, par la voix de l'archevêque de Recife, jette l'opprobre sur la mère d'une fillette de 9 ans qui a avorté de jumeaux, - l'enfant ayant été violée par son beau-père qui abusait d'elle depuis trois ans. L'archevêque, pour faire bonne mesure, a également excommunié toute l'équipe médicale, expliquant que "la loi de Dieu est supérieure à toute loi humaine". On note que la condamnation ignore le beau-père criminel.


L'heure de la mondialisation, de la globalisation, on le constate en maint endroit, et significativement dans le fait religieux, est aussi celle de dangereux repliements identitaires, conséquence de profonds désarrois. Le risque est grand de voir l'Eglise de Benoît XVI participer de ce mouvement de repli. L'armure n'a pas été percée.


Mais la mondialisation, la globalisation, ce peut être aussi l'heur de construire de nouvelles identités, qui certes puisent dans les racines, car l'arbre ne vit pas sans racines, mais s'ouvrent sur le monde, comme le feuillage s'offre au ciel.


De ce nouvel usage du monde, plus vaste, plus universel, plus multiple, pourrait naître de formidables espérances.

 

Tu ne peux pas diminuer la nuit
Mais tu peux augmenter la lumière
[proverbe chinois]











14/03/2009
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