voilacestdit

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"Le Loup de Wall Street" de Scorsese

 

 

Disons-le d'emblée : je suis ressorti de la projection avec un certain malaise.
Ce film bien long (deux heures et cinquante-neuf minutes) - plein de répétitions de scènes de défonce, de sexe, d'orgies, d'images outrancières que Scorsese semble avoir pris goût à tourner mais lassantes à la fin - m'a paru court sur le propos.
De quoi s'agit-il ? 
De narrer l'histoire d'un trader véreux [l'histoire vraie de Jordan Belfort, homme d'affaires escroc surnommé "le loup de Wall Street"], son ascension furieuse, sa chute, et comment il se relance (en vendant son histoire) comme si de rien n'avait été.
Cette histoire est racontée sans absolument aucune prise de distance de la part du cinéaste.
Scorsese a recours au procédé de la voix off, moyen pour le personnage principal de raconter son histoire en s'adressant directement au spectateur, en la vendant. 
Lorsque le dit-spectateur entend de la bouche de Di Caprio-Belfort, le regardant dans les yeux : "Tout çà c'est du vent ; on ne crée rien ; on ne construit rien ; on se fout des clients"... il est incité à prendre cela comme une sorte de confidence... il est mis dans le coup - pour gagner sa complicité ? 
Mais Scorsese là-dedans ?
Quel regard porte-t-il sur son "héros" ?
Le regarde-t-il comme un pur alien : un monstre de vulgarité et d'avidité ?
Non : il est bien plutôt fasciné !
Voilà. Au second degré, c'est la fascination du cinéaste pour ce monde-là, qu'il nous montre sans aucune distance, qui me rend ce film pas agréable. 
Il y a la démesure (l'ubris des Grecs, la folie) des faits - la débauche de drogue, de sexe, d'argent dé-réalisé gagné à flots sur le dos des clients grugés. 
Mais il y a là-dessus ce regard fasciné, sans prise de distance - qui me dérange le plus.
Qu'est-ce qu'un artiste, sinon un alchimiste en quelque sorte, qui pratique l'art de la transfiguration ?
Nietzsche parlant des artistes :
"Nous ne sommes pas des grenouilles pensantes, des appareils d'objectivation et d'enregistrement sans entrailles, - il nous faut constamment enfanter nos pensées du fond de nos douleurs et les pourvoir maternellement de tout ce qu'il y a en nous de sang, de coeur, de désir, de passion, de tourment, de conscience, de destin, de fatalité." [Le Gai Savoir]
La fascination, c'est le nez collé sur la vitrine. 
Loin de la transfiguration - dans l'immédiateté.
Certains critiques ont noté le côté outrancier - je dirais gribouille - du film. Ce côté gribouille s'explique à mon sens par cette fascination. 
Nietzsche encore : 
La plume gribouille : c'est infernal !
Suis-je donc condamné à gribouiller ?
C'est pourquoi avec audace me saisissant de l'encrier
J'écris à gros flots d'encre.
Comme cela coule, si plein, si large !
Comme tout me réussit, quoi que j'écrive !
Sans doute l'écriture manque-t-elle de netteté -
Qu'importe ? [id.]
Qu'importe ?
Tout çà c'est du vent ; on ne crée rien ; on ne construit rien...

 

 

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17/01/2014
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