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Pwofitasyon

 

Pwofitasyon : ce nom, vous ne l'entendez pas souvent prononcé dans les medias. Il est vrai qu'il est pour nous difficile à mémoriser. Mais la vraie raison, c'est que l'information dont nous sommes abreuvés à longueur de journée ne s'embarrasse pas de "détails" qui dérangent.

 

Ce "détail" est un mot créole : c'est le P du sigle "LKP" qui désigne on le sait  le collectif à l'origine de la grève illimitée en Guadeloupe. Ce que signifient  ces initiales ?  Liyannaj Kont' Pwofitasyon.  Traduction : " alliance contre le vol et les profits abusifs ".

 

La "pwofitasyon" se traduit par "profits abusifs".

 

Mais les medias simplifient : ils parlent du "LKP", sans plus, qui mène une grève générale contre la vie chère ; et de constater qu'effectivement les produits sont plus chers en Guadeloupe qu'en métropole ; raison avancée : le coût des transports ; d'où la revendication du LKP : une augmentation de 200€ des bas salaires. Et les informations  de tourner en boucle sur ces thèmes, assortis de quelques reportages genre micro-trottoirs pour faire pleurer dans les chaumières.

 

Mais la réalité, la vraie réalité ?

 

Allons la chercher en nous aidant du témoignage d'un étudiant à l'Université Antilles Guyane en Guadeloupe, Sadi S. qui vit la situation sur place - témoignage que m'a aimablement  communiqué mon ami Jean-Pierre B.

 

Qu'apprenons-nous à cette source locale ? D'abord, qu'il ne s'agit pas d'un combat contre la vie chère, ou pas seulement : c'est cela, mais beaucoup plus que cela, qui n'est qu'une conséquence.

 

Le LKP [qui n'est pas une association isolée mais un collectif de 46 associations, syndicales, politiques, associations de consommateurs, associations culturelles... ce qui fait du monde de tous bords]  a déposé [un mois avant le début de la grève générale, qui s'en est préoccupé ?] un cahier de 146 revendications réparties sur 10 chapitres. Parmi ces chapitres, un seul concerne la vie chère.

 

Le coeur de la question c'est la  " pwofitasyon ". Dans le langage courant ce mot créole désigne - citons notre étudiant guadeloupéen - " l'abus de pouvoir qu'un puissant exerce sur quelqu'un dont il sait déjà qu'il est plus faible que lui, pour le rendre encore plus subordonné ". Exemple type  : dans une cour de récréation, des "grands" de CM2 peuvent exercer des "pwofitasyon" sur les "petits" de CP.

 

Voilà ce que dénonce le collectif LKP : les "pwofitasyon" qu'exercent sans vergogne quelques-uns au détriment de l'ensemble de la population sous le regard impavide de l'Etat.

 

Conséquences de ces "pwofitasyon" outrancières :

- Les prix de produits de grande consommation beaucoup plus élevés que dans la métropole. [Le surcoût - dû au transport, les produits étant importés de métropole -ne devrait pas dépasser + 10% : il atteint sur certains produits + 100% ! ]Décryptage : les géants de la grande distribution - entre les mains de quelques familles béké - en situation de quasi monopole.

- Les prix anormaux des produits pétroliers. Décryptage : la SARA [Société Anonyme de Raffinage Antillais] - dont l'actionnaire principal [70%] est TOTAL -  en situation de monopole.

- A quoi s'ajoutent tous les autres domaines où les "pwofitasyon" de quelques uns sur tous s'exercent impunément :  l'Education,  la Formation professionnelle, l'Emploi, les Droits syndicaux, les Services publics, l'Aménagement du territoire, la Culture... C'est toute la société qui est gangrénée.

 

Que crient les manifestants ? : " La Gwadloup sé tan-nou, la Gwadloup sé pa ta yo. Yo péké fè sa yo vié, adan péyi an-nou ! "

" La Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n'est pas à eux. Ils ne feront pas ce qu'ils veulent dans notre pays ! "

 

Cela sonne comme un slogan révolutionnaire. Et c'est de cela qu'il s'agit. Qui sont ces "nous" et qui sont ces "eux" ? "  "Nous", c'est le peuple guadeloupéen;  "eux", ce sont les " profiteurs ", les exploiteurs :  au rang desquels les "béké",  pas en tant que "béké", mais parce que de fait ils sont à la tête des principales industries et des principaux commerces et exercent à l'endroit des noirs - les faibles - des  "pwofitasyon" pour les exploiter toujours plus.

 

Mais les Guadeloupéens ne seraient pas prêts à échanger une pwofitasyon blanche contre une pwofitasyon noire. Ce qui est rejeté, refusé, ce sont toutes les situations de "pwofitasyon". Ramener la lutte du LKP à l'obtention des 200€ pour les bas salaires est on ne peut plus réducteur : c'est l'information abondamment véhiculée par les médias.

 

Le véritable enjeu c'est la lutte contre les "pwofitasyon". Ce qui donne à penser que ce combat n'est pas seulement leur combat.

 

 



28/02/2009
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