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Scott et Zelda Fitzgerald, gloire et chute

 

Ce billet est plus développé qu'à l'accoutumée : c'est un billet de vacances. Le sujet m'en a été fourni par le Festival de la Correspondance, tenu début juillet à Grignan, consacré cette année aux "Lettres d'Amérique". Parmi celles-ci, la correspondance de F. Scott Fitzgerald et Zelda m'a intrigué : occasion de re-visiter la vie et l'oeuvre de l'écrivain américain, sa relation à Zelda, sa gloire et sa chute.


Un soir de début juillet dans la cour carrée du château de Grignan. Le soleil darde ses derniers feux. L'ombre propice recouvre peu à peu la scène de sa grand voile. Un rang devant nous une actrice, Claire Borotra, qui s'est taillé un beau succès la veille au soir en incarnant Marilyn Monroe, attire tous les regards. Certains, de la bonne société de Grignan, se pavanent, un peu ridiculement. On se montre, on s'adresse de grands gestes de connivence, on parle haut et fort. Puis le silence se fait. Commence la lecture de la correspondance de F. Scott Fitzgerald et Zelda.  L'actrice a les traits d'une tragédienne. Et c'est une tragédie. Le couple mythique des années vingt, qui vit à cent à l'heure, récolte tous les succès, est de toutes les fêtes, incarne les "années folles" - sombre dans les années trente de la Dépression, comme en symbiose avec la société du temps.

En 1920, la publication de De ce côté du paradis, son premier roman, a fait immédiatement de Fitzgerald, à 23 ans, un écrivain majeur de la littérature américaine, avant Hemingway, de quelques années son cadet. Vingt ans plus tard, épuisé physiquement, alcoolique, craignant que son oeuvre ne soit engloutie dans l'oubli, sans projets et sans argent, son couple à la dérive, il s'éteint à la veille de Noël 1940 des suites d'un infarctus, à l'âge de 44 ans. Zelda, qui à partir de 1930 fait plusieurs longs séjours dans des institutions spécialisées pour maladies psychiatriques, lui survivra de quelques années : elle périt en mars 1948 dans l'incendie du bâtiment où elle dormait, dans l'hôpital où elle était soignée.

Dans un article autobiographique de 1935, Fitzgerald, souffrant de dépressions, empêché d'écrire, incapable de se remettre à sa machine, se compare à "une assiette fêlée" :

"Parfois cependant on conserve l'assiette fêlée ; elle reste dans le placard pour servir en cas de besoin. Jamais on ne la réchauffe au four ou on ne la plonge dans la cuvette au milieu des autres assiettes. S'il y a des invités on ne la met pas sur la table bien qu'elle fasse encore l'affaire pour présenter des crackers que l'on offre en fin de soirée. Elle va naturellement au réfrigérateur avec les restes."

Mais le Fitzgerald des années vingt n'a rien d'un "fêlé" : il est partout fêté avec Zelda, jeune fille "originale" dont il a fait connaissance en juillet 1918, au cours de sa mobilisation, après ses trois années passées à l'université de Princetown [dont il sort non diplômé pour cause de scolarité défaillante]. Démobilisé en juillet 1919, il achève son premier roman, commencé à l'armée, et forme le projet d'épouser Zelda. Le 26 mars 1920, est publié De ce côté du paradis ; le premier tirage de trois mille exemplaires est épuisé en trois jours. Le 3 avril, F. Scott Fitzgerald et Zelda Sayre se marient. L'écrivain, de 23 ans, et sa jeune épouse, de 19 ans, deviennent du jour au lendemain des célébrités.

De ce côté du paradis, lu aujourd'hui comme un roman romantique, fut accueilli comme un document social incendiaire, comme le testament d'une révolte. Le récit relate l'histoire d'Amory Blaine, depuis son enfance jusqu'aux années Princetown. Le jeune héros ne doute à aucun moment du grand avenir qui l'attend, mais la nature exacte de sa destinée demeure imprécise. Après avoir perdu, dans le "livre un", l'amour de Rosalind Connage parce qu'il est pauvre, dans le "livre deux" Amory rencontre la jeune Eleanor Savage : "Eleanor fut, disons, la dernière fois que le mal s'approcha d'Amory sous les traits de la beauté, la dernière manifestation du surnaturel qui le tint fasciné et mis son âme en lambeaux." L'échec de l'histoire d'amour, pour Amory Blaine, est la marque d'une banqueroute spirituelle.

De ce côté du paradis s'achève par un morceau de bravoure lorsqu'Amory arrive à Princetown, terme de son ultime pélerinage :

"Longtemps après minuit, les tours et les flèches de Princetown furent en vue, éclairées ça et là d'une lumière tardive, et un bruit de cloches traversa soudain la nuit claire. Tout cela constituait comme un songe sans fin ; l'esprit du passé hantait une nouvelle génération, jeunesse élue d'un monde livré à la confusion et à la revendication, mais encore nourrie des erreurs et des rêves à demi oubliés d'hommes d'État et de poètes morts. Une nouvelle génération reprenait les vieux cris, apprenait les vieilles croyances, au long d'une suite irréelle de jours et de nuits, destinée à retomber finalement dans ce tourbillon boueux, entraînée par l'amour et l'orgueil ; une nouvelle génération vouée, plus que la précédente, à la crainte de la pauvreté et au culte de la réussite ; à trouver morts tous les dieux, livrées toutes les guerres, ébranlée toute foi humaine...
[...]
Amory souffrait du souvenir, du regret de sa jeunesse disparue ; mais les vagues de sa désillusion avaient laissé un dépôt sur son âme, la responsabilité et l'amour de la vie, la présence sourde d'ambitions anciennes et de rêves insatisfaits. Pourtant... oh, Rosalind ! Rosalind !
- Tout cela ne fait qu'un triste ersatz, dit-il tristement.
Et il n'aurait su dire pourquoi la lutte valait la peine d'être soutenue, pourquoi il était résolu à donner le meilleur de lui-même, et de ce qu'il avait hérité de ceux qu'il avait croisé...
Il ouvrit les bras vers le ciel cristallin et radieux. - Je me connais, cria-t-il, mais c'est tout."

De ce côté du paradis était parfaitement en osmose avec l'esprit du temps. Les lecteurs hommes et femmes entre quinze et trente ans se retrouvaient dans le roman. Le parcours princetownien était emblématique d'une génération. La séduction aussi de la richesse et de la réussite. Plaisait enfin la définition que le livre offrait de la nouvelle jeune fille américaine - celle qu'on appellera la garçonne américaine - révoltée contre les principes étroits de sa mère. Le tout incarné par le couple Fitzgerald.

Les sentiments d'Amory pour Rosalind sont à l'évidence ceux de Scott pour Zelda. Rosalind : "Je ne peux pas être enfermée loin des arbres et des fleurs, dans un petit appartement où je t'attendrais. Tu me prendrais en haine si nous vivions à l'étroit."

Voilà, anticipé, le drame de Fitzgerald et de Zelda.

Leur mariage coïncidait avec le début des années folles, ce que Fitzgerald appela lui-même l'ère du jazz et décrivit comme "la plus grande, la plus fastueuse bombe de l'histoire". "Le mot jazz dans sa progression vers la respectabilité a successivement signifié le sexe, puis la danse et enfin la musique. Il est associé avec un état de stimulation nerveuse qui n'est pas sans évoquer celle des grandes villes au-delà des lignes d'une guerre". Fitzgerald devint le symbole de l'ère du jazz. Sa faculté d'identification à son époque l'amena à représenter, avec Zelda, les excès des années vingt - années de la prohibition, aussi. Par défi sans doute, et parce que cela leur plaisait, ils commencèrent à boire beaucoup, ils arrivaient souvent ivres dans les réceptions. Fitzgerald écrira en 1931 : "Dès que je commençais à avoir un peu d'argent, je découvris que quelques verres aidant, je devenais volubile et avais en quelque sorte la faculté de plaire. Cette idée me tourna la tête aussi me mis-je à boire beaucoup pour garder cette forme et faire en sorte que tout le monde me trouvât merveilleux."

Ce besoin de plaire se traduisait aussi par de nombreuses excentricités. On ne compte plus les anecdotes sur le comportement insolite du couple, cela faisait partie de la vie, de la belle vie, et nourrit leur légende. Les Fitzgerald en fête n'étaient pas considérés comme des importuns, leurs amis les supportaient non parce qu'ils étaient des célébrités mais en raison de l'authenticité de leur charme. On a écrit sur eux : "La chose remarquable chez les Fitzgerald était leur faculté de transporter littéralement par leur spontanéité, leur charme et leur beauté." Et à propos de Zelda : "Sa conversation était pleine d'expressions choisies avec bonheur et d'images inattendues si bien qu'en dépit de la difficulté de tenir avec elle une conversation suivie, quel qu'en fût le sujet, rien ne pouvait amener à soupçonner, en particulier si l'on avait déjà avalé quelques whiskys-soda bien tassés, la moindre défaillance mentale chez elle."

Le succès de De ce côté du paradis n'enrichit guère Fitzgerald. À vrai dire, ils vivaient sur un grand pied, et quelles que soient les recettes, les dépenses l'emportaient toujours. Fitzgerald a toujours eu avec l'argent un rapport ambigu. Ayant grandi témoin de l'échec de son père, qui finit par tenir un petit emploi, et souffert du manque de moyens dans sa famille, il traita l'argent avec mépris, mais en était dépendant.

Le deuxième roman de Fitzgerald, Les Heureux et les damnés, publié en 1921, décrit de façon prémonitoire la détérioration d'un couple qui se désunit en dévalant la pente de l'inexorable destin auquel les conduit l'alcool et le gaspillage de leurs revenus.

Lorsqu'il ébaucha son roman, six mois après son mariage, Scott avait commencé de comprendre que Zelda n'était pas disposée à construire sa vie autour de son oeuvre littéraire à lui, comme il l'aurait souhaité. La personnalité plus forte de Zelda dominait le couple de l'intérieur : il deviendra de plus en plus difficile à Zelda d'accepter le rôle d'épouse de F. Scott Fitzgerald, elle revendiquera sa propre autonomie. Quelques années plus tard, quand la crise qui couvait éclatera, Scott écrira à Zelda : "J'aurais aimé que Les Heureux et les damnés soit écrit avec la force de la maturité, parce qu'il était entièrement vrai. Nous nous sommes détruits, mais je n'ai jamais pensé que nous nous sommes détruits, mutuellement."

En octobre 1921, naît leur fille Scottie. En avril 1924, les Fitzgerald s'embarquent pour la France, où ils séjourneront, à Paris d'abord, puis sur la Côte d'Azur, également à Rome. Fitzgerald passe de l'habitude de boire en société à celle de boire tout seul. Il souffre de plus en plus de ne pouvoir faire partager à Zelda ses ambitions littéraires. Il écrira plus tard : "Une chose étrange est que je ne sois jamais parvenu à convaincre Zelda que j'étais un écrivain de premier plan. Elle savait que je pouvais bien écrire, mais 'bien comment', elle ne le sut jamais exactement. Lorsque je fis des efforts pour devenir un écrivain sérieux, 'un grand écrivain', elle ne le comprit pas et n'essaya pas de m'aider." Une autre crise met à mal le couple, Zelda s'étant intéressée, sur la  Côte d'Azur, à un jeune officier français de l'aéronavale. Idylle consommée ou non, le couple vacille. À Rome, les Fitzgerald se disputent mais tiennent l'un à l'autre. Fitzgerald  écrit : "Zelda et moi avons souvent des bagarres terribles, de quatre jours, consécutives à des soûleries, mais nous sommes toujours énormément amoureux..."

C'est à cette période, en 1925, qu'est publié Gatsby le Magnifique, le troisième roman de Fitzgerald, très remarqué par la critique, dédicacé : "Once again to Zelda". Fitzgerald n'a pas 30 ans, tout donne à penser qu'un avenir sans limite s'ouvre devant lui.

Gatsby le Magnifique a l'allure d'une fable sur la société américaine des années vingt, caractérisée par la réussite facile de l'argent et la spéculation boursière. Tout semble réussir au héros, Gatsby. Des bruits courent toutefois sur le personnage. Et celui-ci révélera en lui-même une fêlure intime : les valeurs de l'amour ne se confondent pas avec le pouvoir de l'argent.

Fitzgerald utilise toutes les ressources de son style pour transmettre les significations de l'histoire. Le dynamisme des images traduit l'impression de mouvement qui traverse le récit. Ainsi la description de la maison de Buchanan : "La pelouse démarrait au rivage, courait vers la porte d'entrée sur un quart de mile, sautant par-dessus des cadrans solaires, des murs en briques, des jardins ardents, - finalement, quand elle atteignait la maison, elle se jetait sur les vitres luisantes comme si c'était le but culminant de la course." La pelouse saute, court, se jette sur...

Bien des scènes restent gravées dans la mémoire tant chacune des touches de cette prose poétique délivre son pouvoir de suggestion. Ainsi : "Nous avons traversé un hall imposant, avant de pénétrer dans un espace de lumière rose, délicatement suspendu au coeur de la maison entre deux portes-fenêtres qui se faisaient vis-à-vis. Elles étaient entrouvertes et se découpaient en blanc sur le gazon frais, qui semblait sur le point d'envahir la pièce. Le vent jouait d'un mur à l'autre, jouait avec les voilages, repoussait l'un vers l'extérieur, tirait l'autre vers l'intérieur, comme deux drapeaux aux couleurs passées, les envoyait vers le plafond, glacé de sucre blanc comme un gâteau de mariage - puis il cajolait le tapis lie-de-vin, qui se couvrait d'une ombre de petites rides, comme la brise en fait courir sur la mer.
Le seul objet parfaitement immobile était un immense canapé, sur lequel deux jeunes femmes avaient trouvé refuge, comme dans la nacelle d'un ballon captif. Vêtues de blanc, toutes les deux, et leurs robes flottaient et dansaient sur elles, comme si le vent venait de les leur rendre, après les avoir fait voler autour de la maison. Je n'osais pas bouger, assourdi par le claquement de fouet des voilages et le grincement d'un tableau sur le mur. Puis je crus à une explosion. Tom Buchanan venait de fermer l'une des portes-fenêtres, et le vent tomba, pris au piège, et les voilages, le tapis et les femmes aéronautes, se posèrent lentement sur le sol."

Parfois un seul mot suffit à faire rêver - souvent un nom de couleur, comme dans "maintenant l'orchestre joue un cocktail jaune de musique". De même, disait Goncourt, qu' "en peinture, il n'y a que la tonalité et la beauté de la pâte", dans l'écriture de Fitzgerald, il n'y a que la tonalité et la beauté des mots.

Malgré les parties de plaisir, la boisson et les tracas conjugaux, Fitzgerald abattit un travail considérable pendant les six premières années de sa carrière d'écrivain. Mais vint un moment où les choses allèrent de mal en pis. Fitzgerald s'adonne de plus en plus à la boisson. Les querelles avec Zelda sont de plus en plus fréquentes. Hemingway, que Fitzgerald rencontra à Paris, pensait que Zelda était folle, il le dit à Fitzgerald : il croyait que Zelda était jalouse des succès de Fitzgerald et qu'elle l'incitait à boire, afin de gâcher son talent.

Une amie du couple se rappellera, une dizaine d'années plus tard, ses impressions sur Zelda dans une lettre à Fitzgerald : "Je me souviens que quand elle était furieuse, ses yeux devenaient noirs, impénétrables, toujours pleins d'impatience - à cause de quelque chose - le monde, je pense - elle n'en était pas de quelque façon que ce soit - pas vraiment.
Je l'aimais, je sentais une vibration sympathique envers sa violence. Elle avait une vie intérieure, des sentiments que je pense que personne n'a jamais atteint, pas même vous. Elle ruminait des secrets terriblement dangereux, en refoulant ses accès de révolte. Cela apparaissait parfois dans ses regards, mais seulement à ceux qui l'aimaient."

L'argent pour les droits de Gasby le Magnifique ayant été dépensé, Fitzgerald écrit des nouvelles "alimentaires" pour des journaux populaires américains comme le Post. Zelda a besoin d'autonomie : elle s'intéresse à la danse, veut, à 28 ans, devenir ballerine professionnelle. Ces cours agacent prodigieusement Fitzgerald. C'est l'occasion de nouvelles querelles. Zelda se lance également dans l'écriture, en conflit ouvert avec Fitzgerald, qui ne supporte pas la concurrence dans le couple.

Le krach de Wall Street le 29 septembre 1929 n'affecta pas directement Fitzgerald : il n'avait pas d'actions. Mais 1929 marque un tournant dans sa vie. Les saouleries,  les  désordres continuels, les tracas conjugaux ne lui laissent pas l'esprit libre. Malgré ses facilités, il peine à écrire un nouveau roman. 1929 est aussi l'année de l'effondrement de Zelda.

La conduite de Zelda se ressent du surmenage dû aux entraînements intensifs de la danse. Dans un marché aux fleurs, elle dit à Fitzgerald que les fleurs lui parlaient. La fatigue de Zelda s'aggravait par son anxiété nerveuse. Dix ans après son mariage, Zelda entrait dans une clinique. Le rapport de la clinique précise : "Mme Fitzgerald est entrée le 24 avril 1930 dans un état d'extrême anxiété, fébrilité, répétant continuellement : "Ceci est épouvantable, ceci est horrible, que vais-je devenir, je n'ai aucun métier, je dois mourir, et pourtant j'ai à travailler, je ne guérirai jamais, laissez-moi m'en aller..." Elle ne cessera depuis lors de faire des séjours plus ou moins longs dans des établissements spécialisés, jusqu'à sa mort.

Durant ces séjours, Fitzgerald et Zelda s'échangeaient de longues lettres, dans lesquelles ils tentaient chacun de se justifier aux yeux de l'autre, et s'invectivaient à distance. Dans l'une de celles-ci, Fitzgerald écrit : "Je me souviens difficilement de vous cet été-là [1929]. Vous étiez simplement une des personnes qui ne m'aimaient pas, ou bien m'étaient indifférentes. Je n'aimais pas penser à vous. [...] La folie vous gagnait, que vous appeliez génie, je pense que quelqu'un assez insensible à notre désinvolture extérieure, s'apercevait aisément de votre égoïsme mégalomaniaque et de mon penchant maladif à boire. Vers la fin, rien n'avait guère d'importance..."

Dans une lettre de quarante-deux pages, Zelda écrivit de son côté : "Vous dites que vous avez réfléchi sur le passé. Depuis des semaines que je ne dors pas plus de trois ou quatre heures, enveloppée dans des pansements, et incapable de lire, moi aussi j'ai pensé au passé. [...] Vous étiez constamment ivre. Vous ne travailliez pas. Vous disiez que c'était de ma faute, à cause de ma danse, toute la journée. Que pouvais-je faire ? Vous ne me faisiez aucune ouverture, vous me traitiez d'irresponsable.. Vous avez vraiment été tout le temps ivre, tout l'été..."

Durant toute cette période, en plein désarroi, Fitzgerald travailla par à-coups à un nouveau roman, Tendre est la nuit, publié en 1934. Ce roman raconte le déclin, et la chute, de Dick Diver, un double de Fitzgerald. Dick "pensait qu'il voulait être bon, qu'il voulait être aimable, qu'il voulait être brave et raisonnable, mais tout cela était fichtrement difficile. Il voulait être aimé, mais n'y parvenait pas."

Tendre est la nuit paraissait au pire moment de la Dépression. L'intérêt n'était plus pour ces personnages qui incarnaient les bien nourris, bien logés, bien éduqués, bien nés. Le roman n'avait pas non plus les qualités de Gatsby le Magnifique. La longue attente entre les deux romans, presque dix ans, était déçue. Jusqu'à la fin de sa vie, Fitzgerald demeura obsédé par ce qu'il considérait comme une oeuvre avortée.

La dégringolade de Fitzgerald se poursuivit - alors que la renommée d'Hemingway ne cessait de monter. Déçu par l'insuccès de Tendre est la nuit et face à l'état incurable de Zelda, il ne cessa guère de se saouler. Les dernières années sont des années tristes. Fitzgerald survécut en vendant des feuilletons, de moins en moins prisés, et en tentant, sans succès, une carrière de scénariste à Hollywood. Loin de Zelda, il prit, les trois années à Hollywood, une maîtresse, Sheilah Graham, dans laquelle il retrouvait les traits de Zelda, jeune.

Malade, fatigué, déprimé, Fitzgerald était convaincu dans les derniers temps d'avoir perdu la faculté de sentir les gens intensément [23 novembre 1940 : "Je sens les gens beaucoup moins intensément que jadis, et c'est pourquoi c'est plus dur"]. Telle était pourtant la source de son génie.

Lui et Zelda, avaient eu ce don d'être en symbiose parfaite avec la société de leur temps, l'Amérique de la Prospérité, folle des rêves des années vingt, - au point d'en devenir, couple mythique, le symbole éclatant, l'incarnation rêvée. Mais la fêlure, qui est celle de Gasby, était là, présente, présente aussi dans la société américaine, trop imbue d'elle-même, fascinée, et piégée, par le pouvoir de l'argent, - et il s'ensuivra la chute dans la Dépression.


Je suis le produit d'un esprit qui ne sait pas ce qu'il veut dans une génération inquiète
F. Scott Fitzgerald



22/08/2013
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