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Tout le monde ne chausse pas du 35 (Episode 1)

A la manière de San-Antonio...

 

Tout le monde ne chausse pas du 35...

 

 

 

Avant-propos

 

 

  

Ce nouvel épisode aurait pu s'intituler : « Baisse la pression, tu nous les gonfles [titre de

l'épisode précédent narrant un accord de réduction du temps de travail chez HP]... SUITE». 

Parce que, rapport à la pression, tu crois qu'elle a  baissé ?  L'inflation, oui, les taux d'intérêt,

oui... les impôts, euh... la pression, oui,  la pression ?

 

Mais, à nouveau, voilà que des grandes manoeuvres se préparent. La Mère emptoire

[ci-devant Martine Aubry] a emporté le morceau. Le patron des patrons,  grand chef d'une

organisation faîtière [comme on dit en Suisse], s'est cassé en écrivant sur son front avec

le permanent marker (marqueur indélébile), que lui avait offert La Martine du temps où

elle travaillait pour lui chez Péchiney : « Ô MARtine M'A TUER »  [de la part de Martine

acte éminemment oedipien de meurtre du père]. Son avenir ne se présentant pas sous les

auspices de Beaune (les meilleurs), pensant qu'il n'est sans doute plus vraiment temps de

beurrer ses tartines, dans un dernier râle, il appelle de ses voeux un tueur pour le venger.

Arrive le baron Ernest-Antoine, héritier d'une grande famille,  va-t-en-guerre s'il en est :

ça va tanguer !

 

Et nous, nous voilà bons pour  re-négocier, autour du chiffre magique imposé par La

Martine : 35. Les chiffres magiques, on en connaît : le 3 qui n'est décidément même pas

le bon chiffre pour décider [pour décider il faut être en nombre impair, et 3 c'est déjà trop] ,

le 7 comme les 7 merveilles du monde, le 8 comme les innombrables 8ième merveille, le

9 chiffre impérial, le 13 bien sûr, le 22 comme le 22 à Asnières, le 31, comme être sur son

trente-et-un, et maintenant, voilà le dernier chiffre au goût du jour (si ce n'est de tout

le monde) :  le 35 !

 

Donc on va se remettre autour d'une table. Seront-ce les mêmes ?  Côté direction, il y a

du nouveau. Big Boss KB est parti à la retraite [voir T'es beau tu sais et pas vilain mirifique

histoire de KB]. Place à Big Boss New. Quant au DRH Number Ouane il s'en est retourné

dans le business grand manitou d'un nouveau machin. Un nouveau DRH est arrivé dit

Zinzin.  Mimi Cracra [la Bombe de l'épisode précédent], elle, est toujours fidèle au poste,

ce pendant que votre serviteur s'apprête à tirer sa révérence le moment venu. On a, comme

ça, des fois, des petites fins...

 

Côté locdus [les représentants du personnel] on prend les mêmes et on recommence. Le

lecteur va retrouver la Bergère qui conduit les CéQFDéTés,  La Rognée et sa troupe de

CéGéTeux, et les autres, certains pas tibulaires mais presque, -  qui font, pour la circonstance,

troupe commune avec le parti des CéGéTeux.

 

L'histoire a quelques prolégomènes [principes préliminaires à l'étude d'une question] que je

m'en vais, cher lecteur, te conter. Tâche d'ouvrir tes esgourdes, ça va secouer.

 

 

 

AUBRY I

 

 

 

 

Ce jour là, 13 juin de 1999, fut jour de gloire pour la Mère emptoire : sa loi, dite loi Aubry I, fut

votée. Les députés siégèrent 35 heures toute la journée pour aboutir à cette fameuse loi,

objet de tous les voeux de La Martine, qui limite la durée légale du travail en France à 35 heures

par semaine. Bon. Au début, Mère emptoire nous propose une loi incitative, et puis après,

ce sera une loi coercitive, tu reconnais là l'art et la manière genre amer picon.

 

Il y a quelques subtilités là-dedans, que je m'en vais tenter de te débrousailler. Comme disent

les spécialistes, ça illustre, vois-tu,  la  problématique droit imposé/droit négocié , en trois

temps deux mouvements : une première loi, des négociations, une deuxième loi (trois temps),

et double renvoi successif de la loi à la négociation, mais aussi de la négociation à la loi

(deux mouvements), dispositif original qui n'est pas sans susciter quelques questions

(lesquelles ont permis d'alimenter, depuis, un nombre certain de rencontres, séminaires,

sessions et autres hauts lieux de consommation intellectuelle, pour le plus grand bonheur

des cabinets spécialisés, consultants et autres experts qui se nourrissent de la loi faute de

l'éclairer vraiment). Donc, il y a des questions, du genre : comment, dans le cadre de la

deuxième loi annoncée, le législateur pourra-t-il s'inspirer d'accords parfois illégaux ?

 

Le baron Ernest-Antoine, qui n'est pas sot, a vite pigé que c'est là que le bât peut blesser.

Aussi donne-t-il au plus vite à  son carré de  fidèles [l'UIMM : avec le M comme métallurgie,

et le M comme minier, on se sent tout de suite en famille] ordre de concocter un accord qui

risque bien, en fait d'inspiration, de donner quelques sueurs au législateur pour élaborer sa

deuxième loi. Mais la Mère emptoire, qui n'est jamais à court, veille au grain. Elle se dépêche

de distribuer les bons et les mauvais points, selon de savants calculs. Ainsi l'accord de

branche de l'UIMM est-il stigmatisé au plus vite comme un  mauvais accord, qui ne sera pas

étendu [mais le linge de Martine, si], autrement dit, comme le qualifie elle-même la Mère

emptoire, il est virtuel, alors, s'il n'a pas de réalité, le législateur n'a pas de souci à se faire.

Le tour est joué [et pendant ce temps-là le linge sèche].

 

Le législateur n'a peut-être pas de souci à se faire, mais les entreprises qui auraient la

malencontreuse idée de s'inspirer de cet accord, si, parce qu'elles vont probablement se

retrouver, après la deuxième loi, de l'autre côté de la ligne jaune ! Mais cela, précisément,

elles ne le sauront qu'après. Oh ! délices des calculs politiques ! Nous voilà à jouer comme

dans ce jeu chinois où les règles du jeu s'élaborent en cours de partie, et ne sont connues

dans leur totalité qu'à la fin ! Comme dit Lao-Tseu : « Voie qu'on énonce n'est pas la voie.

Nom qu'on prononce n'est pas le nom etc » [Tao Te King, chapitre 1].

 

Il y a un nom, en particulier, qu'on a un peu de mal à prononcer dans ce contexte, c'est celui

de « cadre ». Mais si le nom n'était pas le nom ? Au fait, qu'est-ce qu'un cadre ? Si un cadre,

c'est fait pour encadrer, alors tous les « cadres » ne sont pas cadres, mais il y a aussi des

non-cadres qui sont « cadres »... De plus en plus clair, n'est-il pas ?

 

Il est sûr que dans le cadre d'un accord, ou d'un projet d'accord sur les 35 heures, surtout si

on songe à un accord cadre, la question des cadres risque d'être assez difficile à cadrer.

Certains rêvent d'ailleurs à voix haute. Ils pensent que les 35 heures ont été conçues « par

référence à des secteurs traditionnels, globalement destructeurs d'emplois », mais ne sont

pas adaptées aux entreprises un peu new age, et proposent que soient « exclus de la loi

les salariés à forte valeur ajoutée ». Forfaiture vont crier certains ! Quelque chose d'autre

(de valeur) à ajouter ?

 

Oui, on a encore à dire, tu ne l'oublieras pas hein ?, que tout ça, les trente-cinq heures, la Loi

Aubry I et tutti quanti, c'est bien pour créer (ou plutôt dégager) des emplois. T'as un gâteau,

tu veux qu'il y en ait plus à se le partager (Travailler moins, pour travailler plus

[recomposition du slogan CFDT : Travailler moins pour travailler tous], alors tu fais les

trente-cinq heures. En espérant que le gâteau se réduise pas au passage (l'économie a ses

raisons que la raison ne connaît point). Et pourquoi pas viser plutôt à grossir le gâteau ?

Bonne question, on en  recausera.

 

 

 

DIS PAPA, C'EST QUAND QU'ON VA OU  ?

 

 

 

 

Bon, la loi est votée, qu'est-ce qu'on va faire, nous ?

 

Ca fait déja longtemps que les locdus nous posent la question. A peine le projet de loi est

esquissé, bien avant que la loi soit loi, et donc un tantinet connue dans son contenu,  que

déjà on a la question qui revient en DP, en CE, en CCE, en catimini, en clair, en long, en large,

en bref : qu'est-ce qu'on va faire chez HP et quand ?

 

Question embarrassante. Nous aussi, on se pose un peu la question, éminemment

stratégique : « Dis, Papa, c'est quand qu'on va où ? « [Renaud].

 

Quand les locdus posent une question, surtout si elle est pertinente (il arrive, parfois,

impertinente), il faut bien donner in fine une réponse un peu plus fine que : La réponse est

oui, mais quelle était la question ?, qui permet de gagner un peu de temps, mais sans plus.

 

La réponse va donc tomber, en trois points, qu'on aura l'occasion de répéter, autant de fois

que la question va revenir sur le tapis, c'est-à-dire assez souvent : comme un disque rayé,

voilà ce qu'on fredaine :

 

1)       HP appliquera la loi (Bon : affirmer le contraire ferait un peu désordre) ;

2)       Les négos avec les locdus ne seront ouvertes que quand on connaîtra la loi dans ses

détails ;

3)       On négociera chez HP sur la base du « triangle » : loi/WLH/compétitivité.

     4)    Fermez le ban.

 

Le problème, en fait, c'est qu'on n'a pas de pilote dans l'avion : Number Ouane est retourné

au business, Zinzin n'est pas encore arrivé, on est en pilotage automatique, c'est pas le

moment d'amorcer des loopings.

 

En plus, il y a la consigne dans l'air qu'il faut plutôt se hâter lentement, vu que, dans

l'environnement tout bouge, c'est pas trop facile de s'y retrouver.

 

Le gros truc, c'est l'UIMM,  qui nous sort, fin juillet, un accord vachetement branché, que

La Martine, toujours romantique, s'empresse de déclarer virtuel, parce qu'il ne cadre pas,

mais pas du tout vois-tu, c'est ce qu'elle pense, avec le réel de sa loi.

 

Alors elle lamartinise :

 

                                          Insectes bourdonnants, assembleurs de nuages

                                          Vous prendrez-vous toujours au piège des images ?

 

A quoi les comparses de l'UIMM répliquent en lamartinisant par approximation  :

 

                                          Quel crime avons-nous fait pour mériter de n'être ?

 

Mais nous, qu'est-ce que tu veux qu'on décide ?  Alors, mieux vaut laisser flotter les rubans,

puisque c'est pas le moment de décider.

 

Et puis, de toutes façons, on est plutôt en vacances, on va attendre la rentrée, en se

demandant ce que les locdus vont concocter. Ca, c'est une bonne question : qu'est-ce

qu'ils concoctent dans leur théière ?

 

Eh bien, tu le sauras, si tu es encore là, au prochain épisode.

 

 

DES LOCDUS

 

 

Les locdus, qu'est-ce qu'ils font les locdus ?

 

Ils commencent à nous balancer tracts sur tracts. Mais il y a d'abord une petite passe d'armes.

Pour la nième fois, La Rognée va réclamer de pouvoir distribuer ses papiers à la cafétéria :

tu comprends, c'est quand même plus simple, de se trouver là, à l'heure du repas, plutôt que

le petit matin, dans le froid le vent quelquefois sous la pluie, au portail d'entrée. Au fait,

pourquoi au portail d'entrée, ça pourrait être aussi aux entrées des bâtiments, c'est autorisé,

çà : oui, mais, avec quatre bâtiments ça fait huit entrées, plus  les bâtiments provisoires,

ça fait plus de portes que de militants, alors, une nouvelle fois La Rognée réclame.

 

Une nouvelle fois votre serviteur répond à La Rognée la même chose depuis qu'ils sont

dans leurs rôles (environ vingt piges), à savoir que Non.  Le Code du travail, qui légifère

sur tout ce qu'il peut, a légiféré là-dessus aussi, pas de chance pour La Rognée, c'est donc

tout réglementé, les tracts et autres publications syndicales  ne peuvent être distribuées

qu'aux heures d'entrée et de sortie, et pour aller à la cafétéria tu ne sors pas, coquin de sort !

Alors La Rognée va traiter le représentant de la direction de tous les noms, la même chose

depuis qu'ils sont dans leurs rôles (environ une vingtaine de piges etc), et tout rentre dans

l'ordre.

 

Un matin, donc, évidemment un jour de pluie, - et votre serviteur, en passant le portail aux

aurores, se fait encore appeler de tous les noms, parce que c'est sans doute sa faute si les

éléments sont déchaînés -, deux représentants des CéGéTeux distribuent leur tract : « La

bataille du temps », qu'il est intitulé, bigre, on démarre sur les chapeaux de roues !

 

Ce tract, à l'entête de l'intersyndicale (dite « nouveau Pacs »), distribué par les CéGéTeux,

est d'une très haute facture, quasi philosophique. Un des paragraphes s'intitule d'ailleurs :

Les « Nouvelles philosophies ». Ca  rappelle un peu quelque chose à votre serviteur.

Fouillant dans ses archives, il retrouve un très ancien tract, intitulé... « La Bataille du temps »,

tiens, c'est tout-à-fait éguesactement le même, à une différence près, toutefois : le fameux

paragraphe dont on vous cause avait pour titre : Les « Nouveaux philosophes " (mais le

développement qui suit est le même, un peu philo, et la philo, c'est-il pas comme la photo :

ça se développe dans l'obscurité ?).  Comme quoi, chez les CéGéTeux, c'est un peu comme

une montre arrêtée : elle donne quand même l'heure, mais pas plus de deux fois par jour,

et pas pour longtemps...

 

Côté CéQFDéTé, c'est une autre affaire de manches. Des tracts aussi, des tracts, il en pleut,

et souvent aussi les jours de pluie, ce qui n'est pas forcément bon pour le moral, et là, on fait

plutôt dans le genre un peu lyrique, tu vois. La Bergère s'adresse à toi, droit dans les yeux,

tu te retrouveras bien dans l'énumération : « Redéployés, réalignés, stressés par le manque

de boulot, écrasés par la charge trop lourde, cadres forfaitisés, ingénieurs sans projet,

voyageurs épuisés, techniciens sans avenir, non-cadres délaissés, markéteux malheureux,

sous-traitants pas contents, intérimaires rongés par le travail précaire, et les autres... ».

 

La suite, c'est une explication genre moteur à deux temps : Le premier temps, c'est en gros

le temps de travail officiel ; mais l'important, c'est plutôt le deuxième temps, celui qu'on passe

à dépasser le premier temps, « celui dont on ne parle jamais qu'à mots couverts de peur

d'être pris en flagrant délit de lenteur, d'incompétence, ou même de somnolence sur le lieu

de travail... », mais en même temps, si on comprend bien, la direction se ferait fort de faire

croire, grâce à de nombreux gadgets genre omnibook et téléphone portable, qu' « il est plus

question de jouer que de travailler ». Ce deuxième temps, donc, serait le temps de toutes

les ambigüités etc...  Somme toute, comme dit la réclame, peut-être bien qu'on « a tous une

bonne raison de décrocher»[réclame Jetphone].

 

Tout çà, en tout cas, montre bien que ça ne va pas être facile de parler temps : on ne saura

jamais vraiment de quoi on veut causer. Du premier temps, ou du deuxième temps ? Du temps

de travail, ou de tant de travail ? A temps, ou à contretemps ? Un temps tinet ? Un temps

pestif ? Temps est si bien ? Et si le temps ne fait rien à l'affaire  [Molière, Le médecin malgré

lui] ? Au temps en emporte le vent !

 

On a un peu l'impression d'avoir déjà un tantinet embroglillé tout ça [épisode précédent

Baisse la pression tu nous les gonfles]...

 

Ca ne serait-il pas comme cette histoire de boomerang ?  Je ne m'en rappelle plus... Enfin,

ce n'est pas grave, ça va sûrement me revenir...

 

Suite au prochain épisode....

 

 



03/04/2008
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