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Une histoire d'entreprise

Je me permets de reprendre sur ce blog cet interview d'Alexandre sur le site web de l'École polytechnique, au titre d'un témoignage personnel très intéressant sur une aventure entrepreneuriale qui reste en partie, pour moi du moins, terra incognita, tant les domaines, les modèles relèvent d'un autre monde que l'ancien - en revanche, ce qui n'est pas terra incognita c'est l'esprit qui anime pareille aventure.

 

 

Un X lance le "Siri pour tous" dans la Silicon Valley

 

 

Alexandre Lebrun (X94), Laurent Landowski et Willy Blandin viennent de lever 3 millions de dollars. Installés à Palo Alto, les trois entrepreneurs ont créé Wit.ai, une start-up qui propose aux développeurs d'intégrer un assistant vocal dans leur application.

 

 

 

 

Créée fin 2013, la start-up Wit.ai vient de réaliser une levée de fonds de 3 millions de dollars menée par le fonds Andreessen Horowitz, l'un des fonds vedettes de la Silicon Valley. La technologie reconnaissance vocale de Wit.ai permet à tous les développeurs d'ajouter une commande vocale à leur application, qu'il s'agisse d'une application mobile ou d'un objet connecté.

 

Entretien avec le fondateur et CEO de Wit.ai, Alexandre Lebrun (X94)

 

 

Comment avez-vous eu l’idée de votre start-up ?


Avant Wit.ai, j'avais créé la startup VirtuOz qui conçoit des "Siri" pour le service client des grandes entreprises comme eBay, Paypal, AT&T, SFR. Ces agents virtuels marchaient bien, mais leur mise en œuvre était extrêmement coûteuse car nous avions besoin de les configurer pour chaque client.
Après le rachat de VirtuOz par Nuance Communications début 2013, j'ai souhaité rendre ces "Siri" accessibles à tout le monde, y compris aux développeurs indépendants n'ayant aucune expertise dans le domaine de traitement du langage naturel et de l'intelligence artificielle. C'est l'objectif de Wit.ai.

 

A quel besoin apportez-vous une réponse?


Après le mobile, la prochaine vague sera celle des objets connectés, The Internet of Things : montres intelligentes Pebble, Google Glass, voiture connectée, maison intelligente etc. Nous serons entourés d'objets sans clavier ni écran. L'interface avec ces objets sera basée sur la voix. Pour concevoir des applications pour ces objets, les développeurs ont besoin d'une plateforme simple qui leur permet d'intégrer leur propre "Siri" en quelques minutes.

 

Quel est votre modèle économique ?

 

Notre produit est basé sur l'apprentissage automatique, le « Machine Learning ». Comme un enfant, pour bien apprendre, nous devons exposer notre plateforme à un maximum d'interactions avec les humains. Les développeurs qui utilisent Wit.ai travaillent aussi pour nous, car ils enseignent le langage humain à nos machines. En échange, Wit.ai est gratuit pour eux.
Les grandes entreprises qui veulent utiliser Wit.ai en mode privé, sur leurs propres serveurs, payent une licence.

 

Comment avez-vous réussi à réaliser une levée de fonds de 3 millions de dollars ?


Avant de chercher des investisseurs, nous avons réalisé une version initiale de notre produit démontrant les aspects clés de notre approche : le Minimal Viable Product (MVP).
Cette phase est critique car il faut aller très vite. Tout d’abord, les entrepreneurs tournent sur leurs fonds propres. Ensuite, le marché change très vite, ce qui était innovant il y a six mois l'est moins aujourd'hui.
Nous avons ouvert ce MVP aux développeurs en l'annonçant sur le siteHacker News, et cela sans aucun marketing traditionnel ni aucun dollar dépensé. Le succès a été immédiat, en termes de nombre de développeurs intéressés et de la qualité des commentaires émis. Arrivé là, ce sont les investisseurs qui insistent pour investir.

La recherche trop précoce d'investisseurs est l'une des erreurs que je vois le plus chez les jeunes entrepreneurs. Souvent, l'équipe n'a pas absolument besoin d'argent d'investisseurs. Au fond, ce qu'elle recherche, c'est une validation extérieure du projet. Mais seul le marché valide un projet. Dans la mesure du possible, il faut d'abord valider l'adaptation du produit au marché, même à toute petite échelle, avant d'aller voir les investisseurs.

 

Quels sont vos projets pour l’avenir ?


Nous sommes en train de constituer une équipe technique en France, où les ingénieurs sont bien meilleurs en moyenne que dans la Silicon Valley. Nous aimerions pour cela collaborer avec les écoles par lesquelles je suis passé, l'École polytechnique et Telecom Paris.

 

Parlez-nous de votre équipe 


Nous sommes complémentaires : chaque cofondateur a un rôle précis. Je définis le produit, Willy Blandin le réalise et Laurent Landowski aide les clients à l'utiliser avec succès. Il gère aussi tous les aspects opérationnels de l'entreprise (finance, ressources humaines etc.).
A onze personnes aujourd'hui, nous sommes encore dans cette phase idéale où 100% des ressources sont dirigées sur le produit et les utilisateurs : pas de management, pas de politique, tout le monde va très vite et dans la même direction. On peut se parler très directement, débattre ouvertement, puis prendre une décision claire et foncer. Le challenge en grandissant, surtout passé le cap de trente personnes, c'est de conserver cet état d'esprit le plus longtemps possible.

 

 

 

Quelles qualités indispensables faut-il posséder pour monter son entreprise ? Quel conseil donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs de l’X qui se lancent aujourd’hui dans un projet de startup ?


Au début de VirtuOz, en plus d’être PDG, j'étais aussi comptable, livreur, monteur de meubles, conseiller clientèle, démarcheur téléphonique ou encore plombier ! Il faut pas mal de curiosité, de capacité d'apprendre et de force de travail pour embrasser ces centaines de tâches pas toujours glamour en gardant le sourire. A l'X, on apprend beaucoup de choses, mais pas à essuyer cent refus de suite au téléphone quand on essaie de vendre son premier produit.
Aux jeunes entrepreneurs de l'X, je recommanderais de s'accompagner d'un(e) mentor entrepreneur expérimenté. Je ne pense pas que ce mentor doive s'impliquer dans les décisions stratégiques (produit, marché...), car la vision de l'entrepreneur doit rester pure et sans concession.
En revanche, le mentor peut faire gagner un temps infiniment précieux en évitant à l'entrepreneur les nombreuses erreurs que tout le monde commet depuis le financement, le recrutement ou la gestion de la croissance de l'entreprise.
 



19/11/2014
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