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"Youth" - un film sur la vieillesse

 

 

De mon épouse Chantal, ces réflexions autour du film "Youth" : 

 

 

 

Le film de Paolo Sorrentino, d’emblée, interpelle : « Youth » nous parle de la vieillesse en lieu et place de la jeunesse.
 
La vieillesse incarnée par deux illustres personnages, de surcroît amis intimes de longue date : deux octogénaires en vacances dans un hôtel de luxe sis au coeur de paisibles montagnes suisses, doté des équipements de soins et de bien-être dernier cri.
L’un, Fred, chef d’orchestre-compositeur, l’autre, Mick, cinéaste. Fred a pris sa retraite, il a largué définitivement les amarres de sa vie professionnelle. Il va jusqu'à refuser l'offre prestigieuse et insistante de la reine d'Angleterre de diriger un des morceaux de sa composition. Mick, lui, est en  voie de terminer, mais avec beaucoup d'hésitations, le scénario de son dernier film, un film testament - répète-t-il - entouré d'une équipe de jeunes, comme un bain de jouvence, pour nourrir son inspiration.
 
Il y a les personnages, mais il y a aussi le cadre du film, sa toile de fond et ses personnages plus secondaires mais très typés (comme le sosie de Maradona, par exemple) qui font comme une véritable caisse de résonance à cette question de la vieillesse souvent mise en contraste avec celle de la jeunesse, d'une jeunesse aux allures parfois insolentes de grâce et de beauté (symbolisée par l'apparition fugitive de Miss Univers dans le plus simple appareil). 
 
Le film de Paolo Sorrentino a des accents felliniens. Une mise en scène grandiose, de beaux paysages bucoliques (le concert des vaches), des images et des scènes surréalistes, des visions étranges. Des symboles récurrents et la mise en scène de fantasmes dont le sens m’a parfois échappé, à défaut de m'avoir intriguée… 
 
A travers la présence de sa fille qui est aussi son agent, nous découvrons que Fred, en parfait artiste égocentrique, a tout sacrifié - vie personnelle, femme et enfants - à sa musique. Il se retrouve aujourd'hui face au vide et au néant de sa vie, face à son absence de futur, et il l'affronte avec désenchantement tout en s'en défendant avec humour et ironie. Le retour sur lui-même est rude, sans appel. Il semble désabusé, mais il a tourné la page de sa vie professionnelle résolument ; il refuse de se réfugier dans le passé.
 
A l’inverse, Mick n’a rien lâché, bien au contraire. Pris dans le vertige de l’action, il semble rêver son "film-testament" comme un feu d’artifice final qui viendrait couronner  son oeuvre. 
Les deux amis sont sur  deux longueurs d’ondes différentes tout en partageant une très grande complicité. Ils évoquent leur passé, leur jeunesse, leurs amours : un temps révolu… Ils partagent aussi les soucis communs de l’âge et, en particulier, la préoccupation obsessionnelle de leur prostate, qu’ils traitent avec une ironie grinçante.
 
Le film connaît un moment dramatique quand Mick rencontre son actrice-fétiche - star aux deux oscars - qu'il prétend avoir lancée (Jane Fonda), pour lui proposer le premier rôle de son film à venir. Or non seulement celle-ci décline son offre, mais elle lui déclare qu'elle ne lui doit rien, qu'elle s'est construite elle-même, tout en lui renvoyant irrémédiablement et durement l’image de son obsolescence et de sa vieillesse.
Image en miroir insoutenable pour Mick qui, désespéré, se jette d'un balcon de l’hôtel.
 
Le film continue. Fred se rend à Venise pour apporter à sa femme - après vingt ans de silence - un bouquet de fleurs, à sa femme qu’on imaginait plutôt dans un cimetière.
Il y a surtout, à la fin, une très belle scène. On voit Fred diriger, devant la reine Elisabeth et le prince Philip, l’orchestre qui joue sa composition fétiche "Une chanson simple"… Un moment magnifique. La vieillesse et la vie réconciliées. La vieillesse a renoué avec la vie.
 
De mon point de vue, cette oeuvre ne se présente pas sous les traits d’un film à thèse ou à but pédagogique. Le film n’installe pas une dichotomie ou un clivage entre ces deux façons de vieillir ; il n'a pas la prétention de nous apprendre comment vieillir, ou pire, comment bien vieillir (qui est encore une façon de refuser la vieillesse). Youth cristallise l’angoisse devant la vieillesse et le film aborde cette réalité par touches, à l’image d’un tableau impressionniste.
 
Toutefois, le projecteur est sensiblement orienté vers les deux principaux personnages qui incarnent deux attitudes opposées face à cette réalité. Leurs réparties, leurs réactions, leurs relations - tout en finesse - nous donnent beaucoup à réfléchir sur la vieillesse. Le spectateur peut être tenté de s’identifier plutôt à l'un ou à l'autre des deux personnages, voire de se reconnaître dans les deux personnages à la fois, d’une manière non exclusive. Nous sommes un peu Fred et un peu Mick à la fois. Le film parle de nos angoisses et de nos tiraillements face au vieillissement.
 
D’un côté, il y a un refus, voire une dénégation de la vieillesse, le rêve d’une éternelle jeunesse. De l’autre, une acceptation qui peut ressembler à une démission, à un retrait ou à un repli. La mise en scène du film fait écho à ce qui se déroule sur notre propre scène intérieure, siège de nos tiraillements et de nos hésitations entre ces deux pôles.
 
Le refus de l'un, Mick, son illusion d’une jeunesse sans fin, le conduira au suicide puisque le fait de vieillir lui est insupportable. L’autre, Fred, à travers son retrait, son repli, son retour sur soi douloureux, et grâce à ce cheminement souterrain fait de prise de conscience et d'acceptation, va réaliser un retour à la vie, symbolisé par le concert devant la reine et la visite à sa femme. 
 
La voie vers la vieillesse n'a rien d'un chemin bien balisé, il s'agit plutôt d'un cheminement plein de défis et qui s'invente... 

 

 

 

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05/10/2015
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