Les pouvoirs de résistance


Tragédie ? Comédie ? Tragi-comédie ? On n'en finit plus de savoir à quel saint - si saint il y a dans une crise - se vouer. Les Grecs nous jouent des tours, avec cette idée de référendum, à ce moment si crucial ? Mais si c'était simplement l'exercice de la démocratie ? Comme disait le vieil adage latin  Quod omnes tangit ab omnibus approbetur : "Ce qui concerne tout le monde doit être approuvé par tous". Mais depuis, exit le référendum.

N'empêche que le débat initié par ce projet avorté n'est pas sans intérêt : comment faire la part entre le légitime souci de faire participer tous ceux qui sont concernés, le calcul politique, la lassitude d'un dirigeant esseulé...

Et le peuple, dans tout cela ? Le vieil adage rappelé plus haut avait ce sens : la collectivité est la source de l'autorité publique et elle en constitue le but. Il fondait, en somme, une théorie du droit de résistance, on ne peut plus actuelle.

La capacité d'empêchement, le droit de dire non est le mode d'action originel véritablement structurant du champ politique. Les pouvoirs revendiqués par les premiers états généraux en France ? Le droit de récuser certains membres du Conseil du roi, et les "droits de surveillance" [qui consistent à demander des comptes sur l'administration financière]. Cette question des pouvoirs de résistance est toujours au centre des préoccupations des philosophes politiques au XVIIIième siècle, qui se tournent vers l'Antiquité romaine pour trouver des modèles, au rang desquels figurent les tribuns du peuple - ou l'image qu'ils s'en faisaient : "Leur pouvoir consistait plutôt à empêcher qu'à agir" lit-on dans L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Un seul tribun pouvait tout arrêter par la seule prononciation du mot veto : "je m'oppose".

Les révolutionnaires français ont longuement débattu de la question d'un Tribunat qui institutionnaliserait le rôle de modernes tribuns "gardiens de la souveraineté du peuple", "conservateurs" des droits du peuple face à sa représentation - mais sans aboutir. Robespierre fustigeait l'idée de deux pouvoirs parallèles : la représentation et le contrôle de celle-ci. "Il n'y a qu'un tribun du peuple que je puisse avouer : c'est le peuple lui-même" [Discours du 10 mai 1793].

Le peuple lui-même - mais sous quelles formes ? La souveraineté d'empêchement ne souffre pas d'une représentation. Ce doit être un droit directement exercé. Ici pas d'institution qui tienne lieu de peuple.

Les événements de la crise grecque nous rappellent tout cela. Ainsi que le mouvement des Indignés : expression directe d'un pouvoir de résistance.



05-11-2011 | 488 vues

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Commentaires


Jean Claude Serres
le 05-11-2011 à 08:06:20
Décider de faire un référendum plus de revenir en arrière est une décision à risque pour les grecs, pour l'état grec, pour l'Europe. Les risques étant différents pour chaque entité, présentent des aspects menaces et opportunités. Réaliser le référendum aurait été lié à d'autres prises de risques ( menace et opportunités), ne pas l'avoir envisager encore de même ! La véritable décision politique est d'abord un engagement qui transforme le décideur, l'objet de la décision et les parties prenantes. les résultats ne sont jamais prédictibles entièrement et c'est en cela qu'elle est politique.
Jean Claude
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