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Ce qui ne change pas : les défis devant nous

 


Le changement c'est maintenant ! oui, mais s'il y a une chose qui ne change pas, ce sont les gigantesques défis qui se dressent devant nous, comme l'iceberg devant le Titanic.

On n'a pas trop voulu regarder par là durant la campagne ; on était, semble-t-il, plus préoccupé des aménagements de la vie dans les différents salons ou les cabines - oubliant d'ailleurs l'enfer des gueules noires qui alimentaient les feux dans les entrailles du navire, bien séparés des passagers.

Mais l'iceberg était là, menaçant. Le commandant était trop préoccupé de maintenir la vitesse la plus élevée possible, en ce voyage inaugural qui devait battre des records, pour prêter l'attention qu'il aurait fallu aux messages radios signalant la présence d'icebergs dans le secteur. Le Titanic n'était d'ailleurs pas un navire comme les autres : un monstre des mers, équipé de onze ponts, un concentré de luxe et de technologie, le plus grand paquebot jamais construit à l'époque, réputé insubmersible - le commandant juge qu'il peut continuer sa route sans dévier.

Quand la vigie aperçoit tardivement [le nid-de-pie n'est pas équipé de jumelles suite à une négligence des officiers] l'immense barrière qui ferme l'horizon, il n'est pas encore trop tard ; en virant à bâbord l'iceberg peut être évité ; mais il ne fallait pas réduire la vitesse, la conserver au contraire, pour que la masse du navire réponde à la manoeuvre. Il s'en est fallu de peu, comme on sait, que la manoeuvre réussisse ; mais le flanc droit du navire a été éraflé sur  plusieurs dizaines de mètres, ouvrant une voie d'eau dans la coque sous la ligne de flottaison ; la perte du Titanic était consommée.

Il n'y a pas eu une erreur, il n'y a pas un responsable ; un telle catastrophe n'est jamais le fait d'un seul élément, mais d'un faisceau de négligences ou d'erreurs d'appréciation ; c'est aussi le fait d'une confiance imbue d'elle-même dans la supériorité du progrès, qui a amoindri la capacité des responsables à prendre les bonnes décisions.

Les défis n'ont pas changé qui barrent notre horizon et qu'on peut voir - en position de vigie. Encore faut-il en prendre la pleine mesure.

On se focalise sur la crise économique, on s'active sur ce terrain, le président élu veut être le "président de la sortie de crise" ; mais l'iceberg qui barre la route est d'une toute autre nature, c'est la civilisation qui est en crise.

Cette civilisation, dont les infrastructures, entièrement fondées sur le pétrole et les autres énergies fossiles - la quasi totalité de l'activité, nos technologies, nos modes de vie en dépendent - sont condamnées à terme. Nos capacités de production se délitent, nos emplois nous échappent, comme les ponts se dérobaient sous les pieds des passagers du Titanic et les objets leur échappaient des mains. La perte des repères entraîne désarroi, peurs et une grande désespérance. Le vivre-ensemble est menacé. Mais il ne sert de rien de s'accrocher au passé comme à un illusoire bastingage.

Il faut prendre acte de cette délitescence : l'avenir ne sera pas ce que le passé a été et ce que le présent est encore, pour peu. Le modèle basé sur les énergies non renouvelables ne sera plus, dans quelques décennies seulement. Il faut d'urgence virer de bord, s'imprégner de cette évidence, mettre le cap sur un autre paradigme. Opérer une transition rapide vers un régime énergétique neuf et un nouveau modèle.

 

Des penseurs comme Jeremy Rifkin (*) - un des penseurs américains les plus stimulants pour la prise de conscience des enjeux et des défis du monde en crise - peuvent nous aider à entrevoir ce que pourrait être ce nouveau paradigme,  quelles directions prendre pour entrer dans une ère postcarbone durable et conjurer la catastrophe climatique qui menace la survie de notre espèce.

 

À nous, à nos gouvernants d'être attentifs aux signaux d'alerte, et nous engager à temps  dans un réel changement de cap !

 

 

 

PS (*) La réflexion de Jeremy Rifkin se développe à partir d'une lecture fascinante de l'histoire de l'humanité. Il observe que, tout au long de cette histoire, ce qui change durablement la condition humaine, c'est la conjonction d'une révolution de l'énergie et d'une révolution des communications.

Pour s'en tenir à l'histoire moderne : la convergence de l'imprimerie avec le charbon, la vapeur et le rail a créé la première révolution industrielle. Tout au long du XXe siècle, les formes de communication électrique de première génération - le téléphone, la radio, la télévision - ont convergé avec l'avènement du pétrole, de l'automobile et de la production en série des biens manufacturés pour créer la deuxième révolution industrielle.

Rifkin voit dans la convergence en gestation entre les nouvelles technologies des communications (Internet) et les énergies renouvelables le début d'une nouvelle ère, celle d'une "troisième révolution industrielle" qui va changer le monde.
"Dans l'ère qui vient, écrit-il, des centaines de millions de personnes produiront leur propre énergie verte à domicile, au bureau, à l'usine, et ils la partageront sur un 'Internet de l'énergie', exactement comme nous créons et partageons aujourd'hui l'information en ligne".

Cette ère nouvelle est caractérisée par le comportement coopératif - l'équivalent du partage en ligne ; "l'énergie coopérative libérée par la conjonction de la technologie d'Internet et des énergies renouvelables restructure fondamentalement les relations humaines : elles ne vont plus de haut en bas mais côte à côte, et les conséquences sont immenses pour l'avenir de la société". Rifkin voit l'organisation hiérarchique traditionnelle du pouvoir politique et économique cèder la place au pouvoir latéral, qui étendra sa structure nodale à travers toute la société.

 

Référence : Jeremy Rifkin, La Troisième Révolution industrielle, Comment le pouvoir latéral va transformer l'énergie, l'économie, le monde, éditions Les Liens qui Libèrent (LLL), 2012.

 

 

 

Suivez-moi sur Twitter : @voilacestdit

 



11/05/2012
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