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L'économie du Nobel

 

 

J'avoue ne pas être très ferré en sciences économiques ; je me demande même, à part moi, s'il n'y a pas quelque abus de langage à parler à leur sujet de "science" - si "science" veut dire "connaissance exacte et approfondie" (Le Robert). Car les exemples n'en finissent pas de mesures prises au nom d'une théorie économique qui étaient censées apporter un effet X et qui, au final, apportent un effet Y, souvent exactement opposé à X. Où est la "science" là-dedans ?

On dira, bien sûr, que c'est la faute à tel ou tel paramètre qui n'aurait pas dû intervenir ou évoluer, mais pas de chance il est intervenu ou a évolué, et tout est par terre. Tout ? Non ! pas la théorie, mais l'application de la théorie. Et on continue donc à former des théoriciens à la théorie qui deviendront bientôt des "experts en leur domaine" (hélas ! car la notion de domaine n'a plus grand sens aujourd'hui, tout étant relié comme nous l'a appris Edgar Morin).

On devrait bien plutôt s'inspirer de cette inscription que j'ai vue un jour inscrite à la craie blanche sur un tableau noir (ce devait être en 1992 ou 1993 au lycée du Parc à Lyon, où mon fils Alexandre faisait sa prépa) : 

La théorie, c'est quand on comprend tout et que rien ne marche
- La  pratique, c'est quand tout marche mais on ne sait pas pourquoi
- Ici, nous avons réuni les deux : rien ne marche et personne ne sait pourquoi

Là au moins les choses sont dites, et on doit pouvoir commencer à travailler, en remettant tout en question, loin des chemins tracés et des vérités établies.

Mais revenons à ce qu'il est convenu d'appeler les sciences économiques.

Le Comité du Nobel d'économie a jeté le trouble il y a une quinzaine de jours en récompensant trois Américains, Eugène Fama, Lars Hansen et Robert Shiller - dont le premier et le dernier ont fait deux démonstrations parfaitement contradictoires (je laisse de côté le deuxième qui s'intéresse au mécano de l'économie).

En 1970, Eugène Fama a publié un article qui a durablement façonné le monde de la finance. Il y a démontré "l'efficience des marchés", que l'on pourrait traduire par "le marché a toujours raison". Robert Shiller, au contraire, a démontré que le marché ne cesse de se tromper qu'il exagère en permanence, à la hausse comme à la baisse. L'auteur est connu du grand public pour Exubérance irrationnelle, un livre paru en 2000 à la veille de l'éclatement de la bulle internet.

Des journalistes, du coup, un peu désemparés, ont parlé de "schizophrénie" ("Il y a comme de la schizophrénie au comité du Nobel d'économie"), d'autres de "non-choix" ("C'est comme à la célèbre émission télévisée de Jacques Martin - L'école des fans - dans laquelle tous les enfants participant au concours se voyaient souvent attribuer la note maximale : il y avait donc rarement un seul vainqueur") etc.

Mais, à y réfléchir, que récompense le comité Nobel ? Je ne pense pas qu'en distinguant un scientifique, il valide sa théorie. D'où viendrait la légitimité du Nobel pour penser au-dessus des  scientifiques ? Ce qu'il récompense, sans doute, c'est la qualité d'une recherche, l'exemplarité de la démarche.

Que deux démarches exemplaires arrivent in fine à des résultats opposés a, pour moi, de quoi nous remettre en face ce fait, sur lequel, seul, nous devrions trouver un point d'appui, à savoir qu'il n'est pas de vérités acquises une fois pour toutes, la vérité aussi se remet cent fois sur le métier, et nul ne peut, à aucun titre, prétendre en être le dépositaire.

Si le prix Nobel d'économie 2013 nous rappelait au moins cela, ce serait déjà pas mal. Admirons le travail des chercheurs, leur ingéniosité, leur perspicacité etc. - tout cela leur vaut le Nobel - mais que la  vérité ne nous enferme pas, qu'elle nous conforte bien plutôt dans la liberté de penser.    

 



27/10/2013
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