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Mots passants

 

 

J’éprouve parfois ces derniers temps — allez savoir pourquoi — le besoin de respirer un autre air...
 
Alors je reprends le petit carnet qui ne me quitte pas et relis quelques notes. Parmi celles-ci je retrouve des mots, saisis au vol dans diverses circonstances : avec les petits-enfants ; dans la rue ; au comptoir d'un bistrot etc. ou encore, lus sur un journal, ou placardés. Des mots qui donnent à penser, ou font rêver.
 
Ces mots, je les retiens, parce que ce sont souvent des mots justes. Et ceci me fait penser à Julien Gracq — le « dernier de nos classiques », l’auteur entre autres de Un balcon en forêt, Au château d’Argol, La presqu’île, Le rivage des Syrtes… dont j’ai eu l’occasion de parler dans des billets passés, un orfèvre en matière de langage qui distinguait deux espèces parmi les « chercheurs de mots justes » : l’espèce des oiseleurs, et l’espèce des traqueurs.
Les oiseleurs, c’est Rimbaud : il jette le filet, et hop ! ça y est, il ramasse les volatiles ; ça va vite.
Les traqueurs, c’est Flaubert : c’est la chasse à l’affût, les leurres, la patience, la ruse, le travail.
Évidemment, explique Gracq, ceux de la deuxième espèce sont bien plus professionnels, ils ont un meilleur rendement — mais, dit-il des traqueurs, « ceux-là ne rapportent pas de gibier vivant » ! Les oiseleurs, si.
 
Ramenés dans le filet de l’oiseleur, ces mots retranscrits de mon petit-fils Théophile (4 ans) envoyés pour mon anniversaire :
  
« C’est de la part de Théophile.
ADIEU
Je t’aime.
Est-ce que tu aimes les poires ?"
 
Ou encore ceux de Paul (4 ans aussi à l’époque) : « Il pleut vite » 
ou, observant de légers remous sur le plan d’eau du bassin de la pyramide du Louvre : « L’eau, elle ne fait pas de grands gestes ». 
 
Avec le même Paul (6 ans alors) cet échange, alors qu’on passait devant le cimetière :
- « Je vais souvent au cimetière sur la tombe de Paul
- Tu connais un Paul ?
- Oui
- C’est qui ?
- C’est moi 
- ??? Tu vas sur ta tombe ?
- Oui, je suis mort, mais c’est imaginaire, parce que je marche dans la rue avec toi... » 
 
D’Adélie (6 ans à l’époque) à sa grand-mère :
« Est-ce que tu es vieille ou très vieille ? Est-ce que tu vas bientôt mourir ? »... 
 
… et cette interrogation de Paul (5 ans alors) :
« Quand je serai mort, est-ce que je serai dans le ventre d’une autre maman ? » 
 
À ce propos je ne peux pas ne pas me souvenir d’une étrange parole de ma fille Éléonore (4 ans 3/4 à l’époque) au décès de mon père :
« Quand on est mort, on ne pense pas, ou on pense, mais on ne sait pas qu’on pense, on ne peut pas le dire aux autres... » 
 
À l’autre bout de l’échelle de la vie, cette conversation, je ne peux pas dire surprise, car les deux pensionnaires, un peu sourdes, parlaient très fort, dans un salon de la résidence pour personnes âgées : 
- «  Je vais bientôt partir (mourir)...
- Ah oui. Et vous allez loin comme ça ? » 
 
Autres mots saisis au vol dans des conversations avec des amis :
 
Pierre G. :
« Bienheureux les fêlés, car la lumière passera par eux »
qui rappellent ces paroles de Leonard Cohen :
« There is a crack in everything. That’s how light gets in » (Il y a une fissure en chaque chose, c’est ainsi que la lumière peut rentrer).
 
Guy R. : 
« N’écoute jamais ce que te dit ton boss, mais demande-toi pourquoi il te le dit. » 
ou :
« Dans mon travail, j’ai toujours pris le droit chemin. Et il faut avouer que je n’ai pas rencontré grand monde. » 
 
Jean-Pierre B., citant Jean Monnet :
«  Sans les hommes, rien ne se fait.
Sans les institutions, rien ne dure. » 
Jean-Pierre ajoute :
« Sans l’évolution, rien ne perdure. » 
 
Marc T. : 
« Quand on voit ce qu'on voit
Quand on entend ce qu'on entend
Quand on sait ce qu'on sait
On est bien content de penser ce qu'on pense ! » 
 
Bernard G. (juste avant de trouver une place de parking inespérée) :
« L’improbable n’étant pas impossible… » 
 
Lu cette affichette dans un bistrot :
« Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance » 
 
Entendu dans la rue une jeune femme annonçant à son ami qu’elle venait de s’arrêter de fumer :
« Mon problème c’est que j’arrête quand je suis bien. Mais si j’arrête, je ne vais pas bien. » 
 
Pour finir, je me remémore ces paroles de mon beau-père, à qui je demandais quelles étaient les limites du Saugey (un « pays » bien caractérisé du Haut-Doubs d’où ma belle-famille est originaire) :
« Les limites du Saugey ? Il n’y en a pas, ce sont les autres qui sont bornés… » 
 
 
Comment y va ton monde
Est-ce que ta terre est ronde
(Flow, L’Âme de fond
 
 
 
 
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15/02/2017
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