voilacestdit

voilacestdit

Tous potentiellement des M. Jiang ?

 

 
Peut-être avez-vous lu dans Le Monde ou Le Canard enchaîné cette info :
 
 
Surveillance chinoise
Les gens de confiance peuvent marcher tranquillement sous les cieux, ceux qui ne sont pas dignes de confiance ne peuvent pas faire un seul pas. Voilà ce qu’on peut lire au fronton de la mairie de Suqian, une ville de 4,7 millions d’habitants située entre Pékin et Shanghai. Ce n’est pas un voeu pieux, c’est devenu la stricte réalité.
Prenons le cas de M. Jiang, habitant de Suqian. M. Jiang n’est pas digne de confiance, il a traversé au vert, au croisement de la rue du Lac-de-l’Ouest et de l’avenue du Peuple. Depuis, son visage a été affiché sur des écrans à des dizaines de carrefours. Non seulement M. Jiang est désigné à la vindicte populaire comme un mauvais citoyen, mais en plus il a perdu 20 points sur sa note de confiance, qui en comptait originellement 1 000. Pour se racheter, comme M. Jiang va être amené à le faire, on peut donner son sang, ce qui rapporte 50 points… En fonction des points dont on dispose, on peut avoir un accès prioritaire à l’hôpital ou une réduction sur sa carte de transports publics...
 
 
Peut-être pensez-vous que cette info — exotique et lointaine — prête à sourire. Eh bien ! pas tant que cela. Ne faudrait-il pas plutôt réfléchir, est-ce que cela ne nous menace pas aussi bien, sous quelque autre forme moins directe, mais non moins prégnante ? En fait, est-ce que la société par certains côtés ne nous fait pas marcher comme cela ?
 
Difficile d’échapper à l’idée que nous sommes pistés en permanence : web, téléphone portable, cartes de paiement etc., sans parler des assistants vocaux type Amazon, Google… — tout cela laisse des traces, exploitables. Exploitables dans quel but ? Consumériste d'abord, politique plus tard ? Tous potentiellement des M. Jiang ?
 
La pensée du moins est-elle libre ? Encore faut-il apprendre à ne pas se laisser bourrer le crâne, pratiquer une sorte de discipline, trier, critiquer, prendre du champ vis-à-vis des idées colportées. « Ne pas se laisser bourrer le crâne, c’est déjà quelque chose », disait la philosophe Simone Weil, qui a su si pertinemment explorer ce que c’est qu’être libre.
 
Ce qu’elle disait de manière prémonitoire (on croirait lire des lignes écrites pour aujourd’hui) dans un texte critique fondamental :
 
La période présente est de celles où tout ce qui semble normalement constituer une raison de vivre s'évanouit, où l'on doit, sous peine de sombrer dans le désarroi ou l'inconscience, tout remettre en question. Que le triomphe des mouvements autoritaires et nationalistes ruine un peu partout l'espoir que de braves gens avaient mis dans la démocratie et dans le pacifisme, ce n'est qu'une partie du mal dont nous souffrons ; il est bien plus profond et bien plus étendu. On peut se demander s'il existe un domaine de la vie publique ou privée où les sources mêmes de l'activité et de l'espérance ne soient pas empoisonnées par les conditions dans lesquelles nous vivons.
 
 
La liberté n’est pas donnée, elle se prend. La question est : comment vivre — vivre libre — dans ces conditions. 
 
 


07/07/2018
2 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 67 autres membres