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Intermède. Pour mes 80 ans.

 

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Intermède : sens fig. Événement qui interrompt provisoirement le cours des choses ; période qui fait diversion dans le temps
 
 
 
L’état du monde me laisse à certains jours un goût amer. L’état du monde et l’état de la planète. Je ne suis pas très fier d’avoir été de cette génération des soi-disant Trente Glorieuses qui a laissé faire : la destruction des paysages, le développement à tout-va de l’agriculture intensive, la consommation à outrance, l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables, la dégradation de l’environnement, la prolifération de la pollution etc. L’avertissement (1972) du rapport du Club de Rome The Limits to Growth - Halte à la croissance ? n’a pas été entendu — pas même écouté. Et nous voilà aujourd’hui au bord de l’abîme. Un abîme plus grand encore qui s’ouvre devant la montée de l’inhumanité, le retour possible des pires horreurs de notre histoire.
 
Stefan Zweig, emporté dans le chaos de l’Europe naguère familière qui lui était devenue étrangère, dont le nazisme faisait un proscrit, se tourne dans ses derniers jours avant de se donner la mort vers Montaigne, dont il rédige ultimement la biographie. Il écrit :
 
« Quand Michel de Montaigne fait son entrée dans la vie, commence à s’éteindre une grande espérance, la même espérance que celle que nous avons vécue au commencement de notre siècle : celle de voir le monde devenir humain… Que malgré sa lucidité infaillible, malgré la pitié qui le bouleversait jusqu’au fond de son âme, il ait dû assister à cette effroyable rechute de l’humanité dans la bestialité, à un de ces accès sporadiques qui saisissent parfois l’humanité, comme celui que nous vivons aujourd’hui, c’est là ce qui fait la vraie tragédie de Montaigne… Plus qu’à quiconque, nous devons notre reconnaissance à ceux qui renforcent en nous le sens de l’humain dans une période inhumaine comme la nôtre. »  
 
Parmi ceux-là qui renforcent en nous le sens de l’humain, je compte Henry D.Thoreau, dont j’aime à retrouver certaines pensées de résistance vitale, consignées dans son écrit Walden (du nom du lac près duquel, durant deux années, il vécut seul au milieu des bois, dans une maison qu’il avait construite de ses mains) :
 
« Je m’en allai dans les bois parce que je voulais vivre sans hâte. Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie ! Mettre en déroute tout ce qui n’était pas la vie. Pour ne pas découvrir, à l’heure de la mort, que je n’avais pas vécu. » 
 
Je compte aussi, parmi d’autres, le poète René Char, qui entra en résistance (alias Capitaine Alexandre) dans les Alpes de Haute Provence et en résistance dans le monde. Il nous donna des mots qui résonnent au plus profond de moi, comme ceux-ci  :
 
« Veilleur éphémère du monde
À la lisière de la peur
Lance ta révolte valide. » 
 
L'inquiétude demeure du devenir de la planète, nourrie du fait que décidément les dirigeants — quand ils ne sont pas dans le déni (Trump) — faillissent à prendre les mesures politiques radicales de leur ressort qui pourraient renverser le cours des choses. Et cette inquiétude de l’à-venir de l’humanité, devant le possible retour d'un certain fascisme qui s’approche en douce, non pas dans un bruit de bottes, mais comme un changement de temps, comme le passage d’une saison à l’autre...
 
J'entends René Char lancer : « Toujours restons les obligés de l’inquiétude ».
   
 
Le 2 Octobre
 
 
 


02/10/2018
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