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L'horreur politique (I)

 

 



Dans ces billets j’essaie de comprendre ce qui nous arrive au plan politique et est en passe de saper notre démocratie. Ce qui arrive… avance en fait, masqué, depuis plus de quarante ans, —  mais brusquement s’expose en pleine lumière, décomplexé, sous la forme trumpiste : cela a un nom, c’est le néolibéralisme débridé.

 

Néolibéralisme : tout le monde connaît  le nom, et en même temps on ne sait pas bien ce que ça recouvre. C’est comme un brouillard qui rend l’atmosphère opaque (« Je n'y vois que du brouillard, je n'y comprends rien »). Mais depuis peu, plus grand chose demeure caché de cette doctrine, qui a trouvé ses premières applications dans les programmes politiques de Reagan et de Thatcher dans les années 1980 — et triomphe bruyamment, à découvert, avec Donald Trump.

 

Les promoteurs du néolibéralisme essaient de nous convaincre que son but est de redistribuer la richesse (la théorie du ruissellement, ça vous dit quelque chose ?), alors qu’en réalité il est de la capter, et de faire en sorte que le reste de la population en soit écartée. Au bout du compte, on construit une oligarchie (du grec ancien oligos, «peu nombreux », et árkhô, « commander » : forme de gouvernement où le pouvoir est détenu par un petit nombre de personnes) : aujourd’hui une oligarchie de milliardaires, Trump, Musk... 

 

 

 

 

Le nouvel exécutif brutaliste au pouvoir de l’autre côté de l’Atlantique fait plus qu’illustrer la dernière mouture du néolibéralisme, il en est la quintessence, décomplexée, brute de béton — à l’instar du mouvement architectural « brutaliste » (mouvement  qui tire  son origine du       français « brut », utilisé par Le Corbusier pour désigner l’aspect sauvage, naturel et primitif du béton lorsqu’il est utilisé brut).

 

Dès les origines, le néolibéralisme est entré en conflit avec la démocratie, et il continue de faire mauvais ménage avec elle. Certes, il en respecte les apparences : Donald Trump a été « élu » (mais pas Elon Musk…) — tout comme Vladimir Poutine en Russie, Recep Tayyip Erdoğan en Turquie, Viktor Orbán en Hongrie, Javier Milei en Argentine, bien d’autres dictateurs... — mais ce ne sont que des apparences : le néolibéralisme s’emploie à ignorer le vote des citoyens, sitôt celui-ci acquis pour accéder au pouvoir. 

 

Le néolibéralisme rejette la primauté d’une notion telle que l’égalité ou la juste répartition des richesses, qui empiète sur la liberté de gagner autant d’argent qu’on veut, et le dépenser comme on veut. Tout ce qui est bon et utile découle donc de l’inégalité. En résultent les réductions massives d’impôts pour les ultra riches, la dérégulation, le démantèlement de l’appareil d’État, la privatisation et l’externalisation des services publics — en marche chez nous insidieusement depuis une dizaine d’années, brutalement appliquées, avec une violence inouïe, outre Atlantique.

 

Mais la démocratie ? Elle n’est pas la solution, mais le problème… pour le néolibéralisme. On l’a vu, on joue les apparences : Trump est élu… mais sitôt au pouvoir, il s’emploie à systématiquement discréditer, voire détruire, tous les garde-fous que la démocratie met institutionnellement en place pour précisément contrôler le pouvoir, délégué par la volonté populaire. J'ai lu par exemple cette information — une parmi bien d'autres : « Donald Trump mène une  "purge en pleine nuit"  et décapite les services chargés  de contrôler son action »... Autre symbole : en Argentine, la tronçonneuse du président Javier Milei, un modèle de démantèlement de l’appareil étatique, qui séduit et inspire Elon Musk...

 

 

 

 

 

Mais comment justifier cela ?

 

Il suffit de raconter une histoire. Les néolibéraux ont leur propre récit. Si vous avez lu Sapiens, de Yuval Noah Harari, vous savez que le propre d’Homo sapiens— ce qui le distingue des autres animaux — c’est sa capacité à créer une réalité imaginaire à partir de mots, et bâtir sa domination, transformer les structures sociales, la nature des relations interpersonnelles…  sur la base de tels récits (aussi appelés mythes). Ainsi, par exemple, en 1789, les gens croyaient au mythe du droit divin des rois… 

 

Les néolibéraux aujourd'hui racontent ce mythe : il n’y a rien au-dessus du marché libre. Cette liberté, si elle est entravée, il faut la gagner, fusse à l’encontre du vote des citoyens si ceux-ci, malgré la propagande, s’avèrent réticents. Le néolibéralisme fait alors appel à l’État pour juguler les résistances, afin de libérer  le marché  de la démocratie, en faisant imposer, par des politiques accointés, des programmes à l’avenant. L’État se retrouve ainsi au service des intérêts du marché.

 

Mais il arrive par ailleurs que le néolibéralisme combatte les États, si des décisions prises par des représentants élus, vont à l’encontre de certains intérêts du marché. D’où l’invention d’un système d’arbitrage, connu sous le nom de  « mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États »   (Investor-state  dispute settlement, ISDS),   qui  autorise  des      sociétés « lésées » à poursuivre un pays…

 

Des entreprises néolibérales disposent ainsi d'un pouvoir souverain supérieur à celui des États! Exemples : des entreprises ont poursuivi des États pour avoir introduit des politiques climatiques qui « diminuent la valeur des investissements » ; d'autres ont porté plainte contre un pays, alléguant que le projet d'élimination progressive des centrales au charbon entravait leur action ; une compagnie  d'énergie a intenté une « action  en justice »  contre  le gouvernement des États-Unis en raison de sa décision d'annuler un projet d'oléoduc...

 

C'était avant Trump, maintenant, avec Trump (« Forer, forer... », «We will drill, baby, drill ») plus de problème, la voie est libre. Décidément, le néolibéralisme se révèle l'outil le mieux adapté pour permettre aux très riches d'accumuler davantage de richesses en pillant à leur profit exclusif  les dernières ressources rares existantes — au mépris de toute notion de droit international.

 

C’est du brutal. Mais ce n’est pas tout…

 

 

À suivre

 



01/03/2025
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