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Amazonie interdite

Alexandre et Julie ont bouclé leur tour du monde d'une année. C'est l'heure du retour, se ré-installer à San Francisco. Voici une dernière chronique : Amazonie interdite. Et peut-être un jour nous livreront-ils leurs impressions sur ce qui les a le plus marqués, le plus étonnés, dans ce voyage au long cours, ce commerce de tant de peuples différents, et si, finalement, la terre est ronde, si on revient soi-même pareil ou différent...
 
 
Le petit bateau largue les amarres et s'engage lentement sur le fleuve immense, gigantesque bande brune bordée du vert absolu de la végétation folle. Sur quelques dizaines de mètres carrés, deux cents personnes ont pu accrocher leur hamac, en plusieurs couches superposées, formant d'étonnantes grappes humaines suspendues. L'après-midi passe lentement sous le soleil écrasant. Petit bar sur le toit, flots de bière, musique à fond, le jour tombe et le ciel étoilé nous couvre bientôt. Au petit matin, les enfants en pirogue, sur le chemin d'une improbable école, surfent sur nos vagues.
Au soir suivant nous voilà dans le bus, un de plus, combien de nuits aurons-nous passé ainsi ? La route est bitumée quelques kilomètres, puis, soudain, le chaos. Il y a quelques mois, j'aurais encore pensé : "Tiens, une zone de travaux". Mais maintenant je devine que les 600 kilomètres restant se feront sur une piste défoncée. J'ai raison. La piste est engloutie de forêt. On sent que le mince fil de terre peut être effacé en quelques semaines. Au dessus de nous, les cimes et encore les étoiles. On sait que la moindre averse transformera le maigre chemin en torrent de boue, et que le bus mettra alors plusieurs jours à s'en tirer. On sait aussi que les attaques sont fréquentes. Délicieux laconisme des forums : "Prenez plutôt le bus public, qui est moins souvent braqué que les 4x4 privés".
Cinq heures du matin, une gare routière délabrée, perdue. Une demi-heure (25 minutes de négociation, 5 minutes de route) plus tard, poste de police fédérale. Ca ouvre à huit heures. A l'heure dite, les flics louches prennent nos passeports mais ne nous laissent pas rentrer au poste. Ca traine. Fallait-il y glisser un dollar ? Non, nous avons le temps et des principes. Ca traine. Nous avons passé une vingtaine de postes frontières dans des pays recordmen du top corruption de Transparency International, on ne va pas craquer ici. Ca traine, mais ça marche. Le tampon est là.
Marche vers le fleuve, encore un fleuve. Atmosphère résolument far west. Chercheurs d'or illégaux, putes, trafiquants de drogue et de tout ce qui a un droit de douane, et quelques gens normaux j'imagine aussi. Négociation. Une petite pirogue à moteur nous emporte. En face, la forêt, encore l'immense forêt, et ses bruits. Le petit village apparait peu à peu. C'est minuscule. Nous débarquons sans trop y croire, mais un panneau au format familier se présente. Bienvenue à Saint George de l'Oyapock, en Guyane. Bienvenue en France. Bienvenue à la maison.
Suivez-moi sur Twitter : @voilacestdit


07/01/2012
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