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Palo Alto

 

 

De retour de Palo Alto, le coeur de la Silicon Valley californienne, où nous sommes allés visiter notre fils Alexandre installé là-bas avec sa petite famille, je tâche de mettre en ordre quelques-unes de mes impressions américaines. Certes, Palo Alto n'est pas la Californie, et la Californie n'est pas l'Amérique - mais ce qu'on voit et ressent là-bas appartient bien à un bout de l'Amérique, cette Amérique capable, à coups d'argent et d'un certain génie, de redresser des situations folles, comme cette incroyable finale de l'America's Cup dans la baie de San Francisco en cette fin septembre : mené 8 à 1 jusqu'au 18 septembre, le catamaran américain Oracle Team USA s'impose in fine 9 à 8 le 25 septembre devant l'Emirates Team New Zealand, remportant la coupe !. On dit : "Impossible n'est pas français" ; ici  ce serait : "Incroyable n'est pas américain".

 

 

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Régate du 23 septembre : Oracle a viré en tête

 

Palo Alto ne serait pas Palo Alto sans l'université Stanford, qui jouxte la cité, et dont l'histoire mérite d'être rapportée. 
De son vrai nom Leland Stanford Junior University, l'université Stanford a été créée à la fin du XIXe siècle par l'homme d'affaires, homme politique et gouverneur de Californie, Leland Stanford, et sa femme, Jane Stanford, en mémoire de leur enfant unique (que Jane Stanford a eu très tard, à 39 ans) : Leland Stanford Junior, mort de la typhoïde en 1884, juste avant son seizième anniversaire. Leland Stanford aurait déclaré après cette terrible disparition à sa femme : "Les enfants de Californie seront nos enfants".

L'acte de fondation de l'université est daté du 11 novembre 1885. Le campus, avec son magnifique arboretum planté d'espèces rares dans les années 1886-87, s'étend sur les quelques 30 km² de l'ancien site de la Farm de Leland Stanford, qui accueillait des chevaux. Tout, sur le campus, est parfaitement clean ; les pelouses, impeccables ; les bâtiments, comme le Main Quad, la Stanford Memorial Church (construite par Jane Stanford à la mémoire de son mari au début des années 1900), ou le Cantor Center for Visual Arts (dont une salle est consacrée à des souvenirs de la famille Stanford), de style néo-quelque chose ("romanesque and mission style"), sont parfaitement entretenus.

 

 

270920134116.jpgLes pelouses du campus de Stanford

 

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Le Main Quad et  la Hoover Tower

(La Hoover Tower abrite une bibliothèque contenant des documents d'un intérêt exceptionnel

comme des collections complètes de journaux de la Révolution française)


De statut privé, mixte et laïque dès sa création, l'université Stanford figure dans le peloton de tête des meilleures universités dans le monde (2ième place mondiale du classement de Shanghaï en 2011). Elle compte des sommités parmi ses professeurs (dont, soyons un peu chauvin, Jean-Pierre Dupuy en philosophie, René Girard en littérature comparée, et Michel Serres en histoire des sciences), et, parmi ses anciens élèves, Bill Hewlett et Dave Packard, fondateurs de Hewlett Packard, Sergey Brin et Larry Page, fondateurs de Google, David Filo et Jerry Yang, fondateurs de Yahoo! (curieux : toujours des binômes...) ou Vinton Cerf, "père" de l'internet... Stanford a imposé sa marque dans les sciences, l'informatique ou, plus généralement, dans les mythologies de la culture numérique contemporaine. Le discours que Steve Jobs a prononcé ici en juin 2005 demeure emblématique : "Soyez insatiables, soyez fous !" (dans le prochain billet je re-donnerai ce discours qui mérite d'être lu et relu).

 

Si tout, sur le campus, est clean, les étudiants se veulent (ou veulent avoir l'apparence) cool. On appelle cela le "syndrome du canard". Vu de la berge, l'animal paraît tranquille alors qu'en réalité il s'affaire à nager en remuant ses pattes à toute allure. De nombreuses activités sont proposées pour servir de dérivatif à la tension, malgré tout très forte, que subit l'étudiant qui doit en quelque sorte "rentabiliser" l'investissement que représente, pour lui et ses parents, ses années d'études à Stanford. Compter 50 000 $ (35 000 €) pour une année - ce n'est pas rien. La crise passant par là, certains parents sont aujourd'hui en difficulté pour rembourser ces emprunts.

 

 

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Sur le campus de Stanford

 

 Mais franchissons maintenant la route californienne 82 appelée El Camino Real (Le Chemin royal en espagnol, route historique des missions espagnoles de Californie, construite dans les années 1863-64 qui reliait San Francisco à San Diego, la frontière mexicaine) : de l'autre côté de la route, s'est développé, au début du XXième siècle, Palo Alto, qui doit son existence à Stanford.

L'impression générale que donne Palo Alto est identique à celle qui se dégage du campus de Stanford. Il y a un air de parenté. Ici aussi tout est clean et la vie paraît cool, bien ordonnée dans le cadre magnifiquement arboré de larges avenues qui se coupent à angles droits, - les maisons, plus ou moins cossues ou simples, sans style défini mais harmonieuses, se situant en retrait, laissant entre elles et le chemin piéton l'espace d'un petit jardin agencé selon les goûts de chacun (quelques jardins designs à base de plantes potagères...). Le centre ville, si on peut l'appeler comme cela, là où se concentrent les magasins, restaurants, bars, boutiques high tech etc. se développe le long, et quelques blocs autour, de University Street, qui mène droit... à Stanford et constitue comme une épine dorsale.

 

 

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Dans les avenues de Palo Alto

 

Ici tout est lisse. On a l'impression de vivre comme dans une bulle. Les bruits qui viennent du monde arrivent atténués. Le climat est étale. La pauvreté ne se montre pas (elle est cantonnée dans une commune limitrophe, à East Palo Alto, de l'autre côté de l'autoroute 101, principalement habitée par des personnes de couleur, première commune des US à s'être déclarée en état de faillite...). On est loin de l'animation excentrique de San Francisco, son climat beaucoup plus dur, les extrêmes qui s'exposent, l'extrême de la richesse dans les quartiers hauts, et l'extrême de la misère étalée à pleins trottoirs sur Market Street...

L'animation, ici, à Palo Alto, a quelque chose de plus feutré, plus discret, c'est plutôt comme un bourdonnement de ruche. On ressent une activité permanente en sous-oeuvre. De combien de conciliabules (entretiens de recrutement, partages d'informations etc.) n'ai-je pas été témoin en prenant des cafés au Peet's Coffee & Tea de University Street ?  Ici s'invente le monde de demain. Palo Alto accueille les sièges de nombreuses entreprises techniques de pointe comme HP, Facebook, a été le berceau du célèbre Mental Research Institue plus connu sous le nom d'école de Palo Alto en cybernétique et psychologie, ou encore du Xerox Palo Alto Research Center où ont été mises au point de nombreuses innovations techniques comme Ethernet, l'impression laser ou l'interface graphique.

Steve Jobs a également vécu à Palo Alto. Et, bien sûr, je n'oublie pas que le célèbre "garage" où Bill Hewlett et Dave Packard, étudiants en Ph.D. à Stanford, ont bricolé leur premier montage électronique, un oscillateur audio basse fréquence (modèle 200A), et démarré leur grande aventure entrepreneuriale en créant Hewlett Packard, est situé à Palo Alto, Addison Av., et devenu "lieu historique" de la Californie et des États-Unis...

 

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Alexandre et son fils Arthur devant le garage de Dave Packard,

à quelques blocks de chez eux


Palo Alto, par d'autres côtés, appartient bien à une certaine Amérique. Je pense en particulier au rapport à l'alimentation, plus généralement à la consommation, et au rapport à la nature. Tout le monde, ou presque, est écolo à Palo Alto et consomme organic. Le rapport aux choses, cependant, est assez révélateur du type de société qui se développe là-bas. Ce point est intéressant à essayer de cerner. Je tenterai de le faire dans un prochain billet.

 



06/10/2013
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