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Refermer l'Abîme. Réflexion sur le devenir écologique

 

 

 

 

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Dans mon rêve je vois, j’entends une horde de cavaliers qui déferlent dans un bruit d’enfer détruisant tout sur leur passage. Rien ne résiste à leur course effrénée se précipitant vers l’Abîme. Sont-ce les cavaliers de l’Apocalypse ? Voici un cheval blanc, celui qui le monte a les insignes d’un vainqueur ; voici un autre cheval, un rouge, un autre noir, et encore un autre cheval, un vert, celui qui le monte, son nom : la mort. 
 
Ce n’était qu’un rêve. Mais la réalité ?
 
Il n’est pas de jour sans que les nouvelles alarmistes sur l’état de la planète déferlent. Les signaux qui alertent sur son devenir catastrophique —non pas dans 40 ou 50 ans mais demain — se multiplient en progression exponentielle.
 
Tous les jours ou presque on reçoit des informations alarmantes sur l’avancée du mal : le réchauffement climatique ; la fonte des glaces ; la dérégulation des saisons ; les phénomènes de vents violents ; les ouragans ; les tempêtes ; les déchets plastiques qui s’accumulent en mer (l’expression une mer de déchets est à prendre au sens littéral, les océans contiendront bientôt plus de plastique que de poissons) ; les textiles, en surproduction systématique pour suivre les effets de mode, détruits etc. etc. et puis il y a le silence des oiseaux, la raréfaction des insectes, l’hécatombe des abeilles...
 
Je me souviens dans ma jeunesse des petites rivières dans les creux du haut plateau lorrain où nous allions, en vacances, pêcher les écrevisses...
Je me souviens des immenses étendues de sous-bois et de fougères en Sologne, que nous parcourions des heures entières, mon cousin et moi, à cheval, sans rencontrer âme qui vive, faisant seulement détaler les lapins et les lièvres, s’envoler des faisans dans un grand fracas de battements d’ailes...
 
On peut appeler cela de la nostalgie — le regret mélancolique d’une chose révolue. Mais ce qui, aujourd’hui, est en train, sous nos yeux, de relever bientôt du domaine des choses révolues, touche à notre avenir proche, à la possibilité de notre existence demain.
 
Il n’est pas anecdotique que les oiseaux disparaissent de nos jardins  (jusque récemment j’en avais une dizaine qui venaient régulièrement s’égailler sur la pelouse devant mes fenêtres, cette année je n’ai plus qu’un visiteur épisodique). Il n’est pas anecdotique que les abeilles disparaissent (mon beau-frère a perdu cet hiver 4 ruches sur 5 dans le Haut-Doubs, nous n’aurons plus de miel).
 
Heidegger parlait de cette expérience première, fondamentale, de « se sentir habité en habitant le monde » afin que « tout soit habité ». Je le dis comme je le pense (naïvement peut-être) le silence des oiseaux, l'absence des abeilles, m’affecte. Il m’atteint dans ce sentiment d'habiter un monde désormais appauvri, diminué, affaibli. Je sais que les esprits forts se moquent de cela. Quand on est dans l’homme extérieur, l’homme qui veut tout dominer, tout maîtriser, on n’a cure de ce sentiment. Pour moi il m’importe. 
 
Il m’importe de me sentir habité en habitant le monde. Ni résignation devant la dégradation de l'environnement (on n’y peut rien), ni espérance tragique (on finira bien par agir quand l’une ou l’autre des catastrophes majeures annoncées se seront produites), ni déni (à la façon Trump Circulez il n’y a rien à voir) — mais se rapprocher de l’expérience des peuples premiers ou de celle du shintô rencontrée l’an passé au Japon qui m’a tant marqué, qui défend un rapport particulier à la nature fait de respect et rencontre avec l’autre qu’est tout vivant — appartenant comme nous à ce monde.
 
Refermer l’Abîme.
 
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21/05/2018
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